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Publié le vendredi, 5 mars 2021 à 09h47

Une affaire italienne, roman de Carlo Lucarelli

Par Stefano Palombari

Une affaire italienne- couverture

Les bruits de la guerre se sont tus depuis peu. Nous sommes à Bologne, quelques jours avant Noël 1953. Une nation fracturée sort des décombres. Dans le silence feutré d’une ville assiégée par la neige, les affrontements se poursuivent sous d’autres formes. Les anciens opposants laissent la place à des nouveaux qui s’affrontent en équilibre instable sur une crête. La jeune république se retrouve tiraillée entre quête de légalité et déni de démocratie.

Le commissaire De Luca, personnage familier aux fidèles lecteurs de Carlo Lucarelli, est appelé, de façon officieuse, pour résoudre un meurtre. Compromis avec le régime fasciste, son passé trouble le contraint d’agir sous une fausse identité. On lui colle donc un nom fictif, « ingénieur Morandi ».

L’affaire montre vite une face cachée qui la rend particulièrement délicate. De Luca comprend que le meurtre de la jeune veuve, noyée dans sa baignoire, renvoie à un autre crime auquel il est interdit de s’intéresser.

A cette époque, l’Italie se trouve dans une sorte de limbe. Tout en étant alliée des Américains, membre de l’Otan qui compte plusieurs bases sur son territoire, elle a le parti communiste le plus puissant du monde occidental. Le risque que les communistes gagnent les élections et s’emparent du pouvoir est fort. Une partie de l’état italien et de l’état-major américain, par le biais des services déviés et de groupuscules d’extrême droite, décident donc de s’affranchir de toute contrainte morale, politique ou tout simplement légale. Une stratégie qui laissera sur son chemin une longue et épaisse traînée de sang.

Dans les années 1950, nous sommes au tout début de cette stratégie qui aura sont acmé une vingtaine d’années plus tard avec les « massacres d’état » et la « strategia della tensione » (stratégie de la tension). Une affaire italienne est bien plus qu’un polar. Au-delà de l’intrigue très bien ficelée et du rythme accéléré comme celui d’une Lancia Aurelia B20, le texte nous livre une fresque précise et détaillée de la situation politique italienne à cette époque. Après sa trilogie sur la colonisation italienne en Afrique, Une affaire italienne confirme une fois de plus Carlo Lucarelli comme un maître du genre grâce à son habileté de mélanger, avec une précision d’apothicaire, engagement politique et plaisir de lecture.

Informations pratiques
  • Carlo Lucarelli, Une affaire italienne, traduit de l'italien par Serge Quadruppani, Métailié, 19€

Vous pouvez commander ce livre, en italien ou en français, sur le site de La LIbreria