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Publié le mercredi, 2 novembre 2022 à 09h41

Je suis Jésus, roman de Giosuè Calaciura

Par Riccardo Borghesi

Ils y ont cru - couverture

Le nom et les initiales de Calaciura semblent déjà porter en eux l'inéluctabilité de la rencontre entre l'auteur et le personnage du Christ (Gesù Cristo en italien). Et qui sait, si ceux-ci ne sont pas aussi inspiration de sa poétique si caractéristique, une poétique des laissés-pour-compte, de la marginalité, qui traverse toute son œuvre.

Dans cet "Évangile selon Calaciura", évangile apocryphe et profane, la sacralité du Christ est presque absente, écrasée sous le poids débordant de son humanité. Il en reste des échos lointains, de rêve, de légende, dont seule la certitude obstinée de Marie est gardienne et garante.

Le Jésus du livre est un Jésus en formation, inconscient du destin qui l'attend. C'est un garçon lancé à la découverte de lui-même et du monde, c'est-à-dire de la beauté et de l'amour, mais qui va inévitablement se heurter à l'obscurité de l'existence, faite de souffrance, de trahison, d'abandon et de mort.

Le récit est dense en histoires à la cruauté et à la beauté archaïques, qui se succèdent à un rythme rapide et étourdissant. Un roman composé de dizaines de romans, dont la lecture passionne et surprend, et qui, par la nécessité implacable de chaque page, s'impose comme l’œuvre la plus aboutie de Calaciura, peut-être son chef-d’œuvre de maturité.

Des échos collodiens (mais sans espoir ni "fin heureuse") traversent le livre, dans la recherche obstinée du père, dans l'ode à la menuiserie ou dans la découverte du monde à travers la vie de saltimbanque (où, cependant, le Barabbas-Mangiafuoco n'a aucune pitié pour les vaincus). Le Christ, modèle du Pinocchio de Collodi, semble s'en inspirer de manière spéculaire et se remodeler.

" Je suis Jésus " est un hymne à l'adolescence, comme dernier carrefour où toutes les routes restent navigables, avant le naufrage sur les rochers de la maturité, quand tout est désormais écrit et le destin inéluctable, pour l'homme ordinaire comme pour le fils de Dieu. PS: Le respect de l'auteur pour le mythe du Christ se traduit par une langue plus apaisée, moins abrupte, moins syncopée, dont la linéarité maîtrisée (prête cependant, à bondir telle une jument mal apprivoisée) est bien rendue, comme d'habitude, par la belle traduction de Lise Chapuis .

Informations pratiques
  • Giosuè Calaciura, Je suis Jésus, traduit de l'italien par Lise Chapuis, Notabilia, 21 €
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