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Publié le vendredi, 8 mars 2019 à 09h28

Giani Stuparich, « L’année 15. Journal de guerre »

Par Stefano Palombari

Giani Stuparich et son frère Carlo en 1915

Après la publication, à la dernière rentrée littéraire, du chef d’œuvre de Dolores Prato, les éditions Verdier, rendent accessible au public francophone un autre classique de la littérature italienne L’année 15, Journal de guerre de Giani Stuparich. Au-delà de ses qualités littéraires, le journal de Giani Stuparich est un témoignage très intéressant.

Les récits des expériences de guerre ne sont pas rares. À la différence de la plupart d’entre eux, celui de Stuparich ne veut pas être un témoignage de la guerre et de ses horreurs. Du moins pas seulement. Dans la préface que l’auteur écrit en 1930 en vue de la publication, il prévient le lecteur que son livre n’a pas vocation à être un document historique. « J’avertis le lecteur que j’ai voulu conserver à ce journal de guerre (…) tout son caractère : celui d’annotations faites sur le moment, jour après jour, et même heure après heure, par un simple soldat qui reproduisait subjectivement, suivant la première impression, tout ce qu’il entendait, voyait, ou sentait (…) et donc que ce journal ne veut ni peut être un document historique, mais simplement un document psychologique et personnel sur ces premiers mois de guerre »

La force de ce texte réside justement dans la dimension psychologique de la narration. L’auteur n’a pas ôté à son journal l’immédiateté. Ce qui fait que le lecteur vit l’humeur, les émotions et les sensations qui habitent le soldat Stuparich au moment où il les éprouve : enthousiasme, déception, peur, ennui, nostalgie, tristesse, fatigue...

Le récit commence le 2 juin 1915, jour où il quitte Rome en tant que volontaire pour rejoindre le front, en Vénétie Julienne. Et il s’interrompt le 8 août de la même année même si le soldat Stuparich a encore de nombreux mois de guerre devant lui. Dans son journal, l’auteur parle souvent de son petit-frère Carlo, parti avec lui. Dont il se sent responsable, notamment vis à vis de leur mère. Quand il l’évoque lui les mots expriment une profonde douceur.

A leurs côtés, les premiers jours, nous retrouvons également leur copain, Scipio Slataper, lui aussi un intellectuel irrédentiste de Trieste. Cette ville, encore occupée par les forces de l’Empire Austro-hongrois est l’un des enjeux majeurs de la première guerre mondiale.

L’enthousiasme des premiers jours où la conquête de Trieste semble chose faite laisse vite la place à une sensation de lassitude. Les jours se suivent et se ressemblent. La victoire s’éloigne et une sensation d’immobilisme gagne les esprits des troupes. Les deux armées campent sur leurs positions en grignotant parfois quelques mètres. Entre-temps les obus et les Shrapnel déciment les soldats et les civils.

La correspondance, et notamment la réception de la revue La Voce de Prezzolini, à laquelle l’auteur collabore, est une source de joie. Une tentative de « s’élever par l’esprit au-dessus de cette vie et de l’exprimer parfois en poètes ou de réfléchir sur elle en philosophes ». Mais petit à petit le découragement gagne les soldats. Après sa blessure à l’épaule, les tons sombres prennent le dessus. Une sorte de prémonition de ce qui les attendait : une guerre très longue avec son lot de deuils (son frère Carlo ne survivra pas au conflit).

Informations pratiques

Giani Stuparich, L'année 15 : Journal de guerre, Verdier, 19 €
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