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Publié le jeudi, 5 mai 2022 à 09h50

Brigantessa, roman de Giuseppe Catozzella. La face cachée du Risorgimento

Par Stefano Palombari

Brigantessa - couverture

Italiana (Italienne) est le titre italien de ce magnifique roman de Giuseppe Catozzella qui vient tout juste de paraître. L’auteur milanais d’origine calabraise appartient au nombre d’écrivains « touche à tout » : La ‘Ndrangheta (mafia calabraise) à Milan dans Alveare, le drame des migrants disparus, engloutis par les flots de la Méditerranée, dans Ne me dis pas que tu as peur, roman remarquable et remarqué qui a été aussi adapté au théâtre et maintenant Italiana, Brigantessa dans la version française, qui s’attaque à la « première guerre civile italienne ».

Rares sont ceux qui ont entendu parler de « Première guerre civile italienne » car c’est une page sombre de la brève histoire de l’Italie en tant que nation. Le péché originel qui a freiné l’éclosion d’un sentiment d’appartenance nationale partagé par tout le pays, a été commis au moment où, mai 1860, les troupes de Garibaldi remontaient vers Naples pour chasser les Bourbons. Comment se fait-il que l’adhésion enthousiaste de la population locale a laissé la place aux révoltes et au brigandage ?

Le roman de Giuseppe Catozzella qui retrace la vie de Maria Oliverio, cheffe d’un groupe de brigands calabrais, permet de comprendre le passage de l’adhésion à l’opposition. Maria Oliverio, dite Ciccilla, est devenue une légende déjà de son vivant. Elle est la première femme à chapeauter une bande de brigands. Alexandre Dumas, ami de Garibaldi, avait participé à son expédition (la Spedizione dei Mille) dans le sud de l’Italie. Il a écrit plusieurs articles sur le phénomène du brigandage dans l’Italie du sud. Dans le magazine L’Indipendente, qu’il dirigea selon le souhait de Garibaldi, Dumas retrace la vie de Ciccilla en sept épisodes, avec l’intention ensuite de lui consacrer un roman qui ne verra jamais le jour.

La célèbre phrase du Prince de Salina, protagoniste du Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, « Il faut que tout change pour que rien ne change » est à la base des promesses non tenues du Risorgimento. L’expédition de Garibaldi a été une suite d’engagements trahis. Le roman de Giuseppe Catozzella fait de la vie de Ciccilla l’emblème de cette frustration. Un livre important, sinon essentiel, pour combler les lacunes du récit officiel de la construction de la nation italienne.

Parmi les autres, rares, livres consacrés au sujet, je signale l’excellent Les Sentiers du ciel de Luigi Guarnieri publié il y a plus de dix ans.

Informations pratiques
  • Giuseppe Catozzella, Brigantessa, Traduit de l'italien par Nathalie Bauer, Buchet Chastel 22,50 €

Vous pouvez commander ce livre, en italien ou en français, sur le site de La LIbreria