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Publié le lundi, 30 novembre 2020 à 14h10

Anita Pittoni, Journal 1944-45

Par Stefano Palombari

Anita Pittoni, Journal 1944-45 - couverture

Le regard que l’on porte collectivement sur un événement ou un personnage du passé n’est jamais le résultat d’un parcours droit, rectiligne. Certains protagonistes du monde littéraire refont surface de-ci, de-là, suivant des chemins tordus, torsadés. La maison d’édition suisse La Baconnière vient de publier le Journal écrit par Anita Pittoni entre 1944 et 1945. Du même auteur vous pouvez lire Confession téméraire paru l’année dernière chez le même éditeur.

Mais qui est Anita Pittoni ? Demande légitime car, mise à part les deux publications de la maison d’édition suisse, on ne trouve pas beaucoup de renseignements sur cette dame née à Trieste en 1901 et morte dans la même ville quatre-vingt-un ans plus tard. Même le Wikipedia italien ne lui consacre pas de page mais une simple citation à propos de l’écrivain Giani Stuparich.

Pourquoi donc cet intérêt soudain pour un personnage, somme toute secondaire, de la vie culturelle italienne ? Anita Pittoni, bénéficierait-elle de cette redécouverte des figures littéraires féminines de la part de certains éditeurs francophones, à laquelle on assiste ces dernières années ? Dolores Prato, Paola Masino et... Anita Pittoni ?

Je ne crois pas car, à la différence des deux premières, Anita Pittoni n’a pas écrit d’œuvre majeure. Elle est plutôt intéressante comme figure historique plus que pour ses talents littéraires. Son journal nous dessine le portrait d’une femme moderne, libre, émancipée. Nous sommes à la fin de la guerre qui est présente en arrière-plan. On perçoit sa présence sous forme de privations. Mais pas au point qu’on pourrait imaginer. Anita et ses amis peuvent se nourrir convenablement et se faire même de temps à autre un vrai café et un vrai thé.

Anita fréquente le cercle littéraire de Trieste in primis Pier Antonio Quarantotti Gambini et Giani Stuparich, auquel elle se lie sentimentalement. Il s’agit de la nouvelle génération d’écrivains de la région qui a remplacé les plus célèbres Italo Svevo, Umberto Saba et Carlo Michelstaedter. Anita, avec d’autres femmes, n’a pas un rôle subalterne mais une place à part entière dans le monde intellectuel de l’époque. Ses amis Quarantotti Gambini, Stuparich et d’autres intellectuels de l’époque s’entretiennent souvent avec elle pour discuter littérature et écriture.

Mais la personnalité d’Anita Pittoni ne se résume pas à la littérature. Elle a été également une créatrice de mode et autrice de plusieurs articles publiés dans la revue d’art et de monde LiL (Lavori in Lana). En annexe à son journal, l’éditeur a publié trois articles d’Anita Pittoni sur le travail manuel, la couleur et le sens de la matière. Quatre ans après la fin de la guerre, elle lancera une maison d’édition Lo Zibaldone où elle publiera des ouvrages de Saba, Giotti, Svevo et Stuparich.

Informations pratiques

Anita Pittoni, Journal 1944-45, traduit de l'italien par Marie Périer et Valérie Barranger, La Baconnière, 20 €