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Publié le vendredi, 20 novembre 2020 à 09h41

Vincenzo Imperatore, Le Grand scandale bancaire. Confessions d'un repenti

Par Stefano Palombari

Le Grand scandale bancaire - couverture

« Comment diable un homme peut-il apprécier d’être réveillé à six heures trente par son réveil, de bondir de son lit, s'habiller, ingurgiter sans appétit un petit déjeuner, chier, pisser, se brosser les dents et les cheveux, subir les embouteillages, pour aller dans un endroit où il va gagner du fric, essentiellement pour quelqu'un d'autre, et où on lui demandera d'être reconnaissant de la chance qu'il a de pouvoir le faire ? »

Ce passage du livre Factotum de Charles Bukowski est fondamental dans la prise de conscience de l’auteur. Avant de devenir un pourfendeur du système bancaire, Vincenzo Imperatore en était l’un des rouages. C’est la crise de 2008 qui lui a fait prendre conscience que les banques ne rendaient plus aucun service à la communauté. Elles n’offraient plus aucune aide. Avec le temps, leur seul et unique but était devenu celui de s’enrichir d’avantage.

Il y a une dizaine d’années, Vincenzo Imperatore a crée une société pour aider les petites entreprises en difficulté. L’une des tâches des établissements bancaires devrait être justement d’épauler financièrement des entrepreneurs dans leur développement. Mais le Vincenzo Imperatore qui travaillait dans et pour le système bancaire s’est vite rendu compte que les banques n’accordaient plus aucune importance à ce rôle. Chaque dossier de financement présenté, y compris les plus sûrs, était sciemment saboté. Mettre des bâtons dans les roues de tout entrepreneur en quête d’un prêt était devenu systématique. Du point de vue du financement des banques, les intérêts sur les prêts n’avaient plus d’intérêt.

Vincenzo Imperatore explique dans le moindre détail les ruses toujours à la limite de la légalité employées par les banques pour se financer : frais bancaires, produits dérivés, assurances, intérêts passifs… Le titre italien Io so e ho le prove (je sais et j’ai les preuves) est un écho du célèbre article de Pasolini, Io so ma non ho le prove (je sais mais je n’ai pas les preuves) publié par le Corriere della Sera en 1974 à propos de massacres d'État et de la stratégie de la tension.

En effet, Vincenzo Imperatore a les preuves. Il détaille tout, parfois même trop, pour ne pas laisser des failles dans lesquelles des défenseurs légaux et médiatiques du système bancaire auraient pu s’engouffrer pour l’attaquer et le décrédibiliser. Depuis la publication de cet ouvrage, qui est devenu rapidement un best-seller en Italie, aucune plainte n’a été déposée.

La préface du livre est signée Jérôme Kerviel, autre repenti du système, qui a trouvé dans la démarche de Vincenzo Imperatore des éléments de sa propre histoire. Cependant, il est bien de le rappeler, l’auteur du livre a quitté le système de son propre chef, lorsqu’il était confortablement intégré, et non, comme l’ancien trader de la Société Générale, à la suite d’un énorme scandale financier dont il a été à l’origine.

Informations pratiques

Vincenzo Imperatore, Le Grand scandale bancaire. Confessions d'un repenti, traduit de l'italien par Béatrice Dunner, Herodios, 18€