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Publié le mercredi, 4 août 2021 à 09h55

Venise, peut-être de Andrea Zanzotto

Par Riccardo Borghesi

Venise, peut-être - couverture

Ce volume rassemble une partie de la prose consacrée par Andrea Zanzotto -l'un des poètes italiens les plus importants du XXe siècle- à sa terre natale comme exemple particulier du plus vaste thème du lien entre l'homme et la nature. Interaction et création du paysage, influence des lieux sur la langue dont se font écho les cadences dialectales, influence de la nature des lieux sur le caractère d'une société, d'une ville, Venise justement.

Pour appréhender la particularité de ces proses, le lien profond qui lie Zanzotto au paysage - vrai pivot avec le langage de sa poétique - peut-être faudrait-il se rendre à Pieve di Soligo, son village natal. Je n'y suis jamais allé, car l'endroit n'est pas touristique, c'est un de ces endroits qui n'ont d'importance que pour ceux qui y sont nés. Mais grâce aux cartes interactives sur internet, on peut aisément s'en faire une idée. Sans véritable centre, dispersé dans la plaine infinie, avec une architecture sans âme ni ordre, Pieve di Soligo est un de ce petits centres qui ont grandi sans plan établi après la guerre. Un vieux bourg agricole qui a été défiguré, comme la plupart des villages dans les plaines du nord, par la modernité et l'industrialisation. Venise est au loin, à cette distance il reste un mirage, tandis que les splendides collines Euganéennes ferment le regard au nord, vers les Alpes.

Pourtant, Zanzotto a toujours voulu vivre ici en contact avec son peuple et ses terres. C’est là qu’il a construit sa maison (il nousen parle avec ironie dans le splendide "Prémisses à l’habitation") et depuis cet observatoire, tout sauf privilégié, il a décidé d’interpréter le monde.

L’autre perle de ce volume "Venise, peut-être", qui donne son nom au recueil, est l’interprétation onirique de l’essence de Venise, qui aborde la ville suivant un processus qui va de la périphérie au centre, des couches boueuses qui la soutiennent et des eaux vaseuses qui l’assiègent et la défendent. Venise, mirage rêvé de loin, depuis les plaines incertaines de Pieve di Soligo, devient métaphore universelle de ce lien conflictuel mais profond, comme tous les liens filiaux, entre l’homme et la terre qui le soutient et qui le nourrit.

Ps: Le langage, complexe, dense, intrigue labyrinthique d'images et de suggestions, mais aussi de sons évocateurs, est si voisin de la poésie qu'il aurait fallu rapprocher le texte original à la traduction, au moins pour les deux textes principaux. Ce serait aussi peut- être un moyen d'alléger le poids d'une responsabilité incommensurable qui, face à des textes aussi complexes et importants, pèse sur les épaules des traducteurs.

Informations pratiques
  • Andrea Zanzotto, Venise, peut-être, Traduction de l’italien et introduction de Jacques Demarcq et Martin Rueff, Postface de Niva Lorenzini, Nous, 16 €

Vous pouvez commander ce livre, en italien ou en français, sur le site de La LIbreria