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Publié le lundi, 24 septembre 2018 à 13h48

Superflu et indispensable. A quoi « servent » les Grecs et les Romains ?

Par Stefano Palombari

Superflu et indispensable - couverture

La réponse à la question posée par le sous-titre de l’ouvrage est facile : À rien ! Parce que justement la question est altérée par la présence du verbe « servir ». Si le titre peut faire penser à un livre sur l’antiquité et les langues classiques, en réalité il s’agit de quelque chose de bien plus complexe.

Maurizio Bettini, que j’ai eu la chance, lorsque j’étais étudiant, de croiser dans les couloirs de la fac de lettre et philosophie de l’université de Sienne, où il enseigne la philologie classique, s’interroge tout d’abord sur la pertinence terminologique de la question. Le jargon économique et mercantile a malheureusement pollué notre langage, il a déteint sur tous les domaines. Les concepts d’utilité, valeur, bien, patrimoine etc… nous empêchent de nous exprimer autrement vis à vis de sujets qui, en soi, n’ont aucun rapport avec l’économie.

Si l’étude des classiques, qui ne se limite surtout pas à la connaissance de langues dites « mortes », n’est pas utile, ne sert à rien, elle demeure néanmoins indispensable. Le titre du livre s’inspire d’une phrase de Gaetano Salvemini, historien et homme politique italien : « La culture est le superflu indispensable. » Les classiques justement, parlons-en. Il ne font plus recette. On assiste à une crise profonde de la filière classique qui nécessite une réforme radicale.

Maurizio Bettini propose une approche différente. Les Romains et les Grecs ne sont pas notre identité ni nos racines, c’est un passé dont on retrouve des traces dans le présent. Bettini milite pour une étude basée sur l’altérité. Pour que tout le monde y trouve son compte. Car l’étude des classiques ne peut pas ignorer l’évolution de la société. Mettre de la distance critique pourrait donc redonner un vrai « intérêt » à l’étude des classiques qui, pour ce faire, ne doit pas se limiter à la connaissance de la langue.

La situation actuelle est défendue, bec et ongles, par une poignée d’élitistes réactionnaires. La connaissance du latin et du grec se réduit la plupart du temps à une marque de distinction ou à une sorte de revendication identitaire : « nos racines… ». Une attitude qui vise à exclure au lieu de rassembler.



Dans les dernières pages du livre, l’auteur partage avec le lecteur une très belle citation du poète Valerio Magrelli :

« Pour la première fois depuis presque deux milles ans, nous sommes face à une génération qui peut se dire « libre des Grecs et des Romains (…). On croirait presque entendre le cri de douleur d’innombrables étudiants et lettrés, « enchaînés » à l’antiquité et à ses langues, comme les esclaves dans les champs de coton »

Pour que l’Antiquité classique soit un choix et pas une condamnation.

Informations pratiques

Superflu et indispensable, Maurizio Bettini, Flammarion, 16,90 €
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