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Publié le vendredi, 24 juin 2022 à 09h41

Quand je reviendrai de Marco Balzano. Triptyque pour voix solistes

Par Stefano Palombari

Quand je reviendrai de Marco Balzano - couverture

C’est toujours instructif de jeter un coup d’œil derrière le miroir. On ne sait jamais. Il peut y avoir un piège. Surtout lorsque l’image renvoyée par la glace n’est pas très flatteuse. Quand je reviendrai parle de nous. Mais par reflet. Nous, les classes aisées des pays occidentaux, sommes l’objet du récit de l’une des « invisibles ». Elles sont là, présentes mais discrètes autant qu’essentielles à notre confort.

« Depuis trente ans les deux tiers des migrants de la planète sont de sexe féminin ». L’auteur a fait des recherches approfondies sur ce phénomène qu’on appelle en Italie les « badanti ». Des femmes venues, pour la plupart, des pays de l’est (surtout de Roumanie, Ukraine, Moldavie), abandonnant mari et enfants, pour s’occuper de nos parents et de nos enfants ou pour faire le ménage. Mais leur présence ici est une absence là-bas. Ce qui se solde par une flopée d’« orphelins blancs ».

Manuel est l’un d’entre eux. C’est la première des trois voix qui nous guident dans cette exploration bénéfique. Bénéfique car elle nous permet de déplacer le point d’observation, de voir le phénomène de l’autre côté. Manuel, Angelica, Daniela et Filip sont une famille roumaine qui vit dans une petite ville à la frontière de la Moldavie. Une famille sans histoire. Manuel et Angelica, les enfants, vont à l’école, Filip travaille dans une usine, Daniela fait des petits boulots. Puis, l’usine ferme et tout bascule. Daniela part soudainement en Italie, à Milan, s’occuper d’une personne âgée.

C’est Manuel qui nous raconte le départ. L’abandon. Daniela, qui partage son sort avec des milliers d’autres compatriotes, prend le relais et nous offre un aperçu très instructif de son expérience avec les Italiens. Angelica, fille aînée, a la tache de terminer le récit. Si les données utilisées par l’auteur sont objectives, n’oublions pas que nous sommes dans le domaine de la littérature. Le fond réel, factuel, est sublimé par le style magnifique de l’auteur. Marco Balzano s’affirme ainsi comme l’une des voix les plus percutantes du panorama littéraire italien.

Informations pratiques
  • Marco Balzano, Quand je reviendrai, traduit de l'italien par Nathalie Bauer, Philippe Rey, 20€
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