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Publié le jeudi, 22 décembre 2022 à 09h46

Pinocchio de Giorgio Agamben. Philosophie du pantin

Par Stefano Palombari

Pinocchio de Giorgio Agamben - couverture

Que peut-on dire de plus sur cette marionnette victime des versions les plus diverses et disparates ? Giorgio Agamben, philosophe omnivore qui passe avec aisance d’une étude sur le jardin d’Éden au personnage inventé par Collodi, nous livre une interprétation subtile et illustrée de l’histoire du célèbre « burattino ».

Le point de départ est l’ouvrage de Giorgio Manganelli Pinocchio un libro parallelo (Pinocchio un livre parallèle) publié en 1977. L’opération d’analyse littéraire et interprétative à laquelle Manganelli soumet le texte de Collodi permet d’en saisir toute la richesse. La métamorphose et plus précisément l’anthropomorphose, considérée par la vulgarisation de ce personnage le nerf de la fable qui le concerne, perd sa centralité. C’est le contexte qui prend le dessus.

Agamben reprend les arguments de l’autre Giorgio, que l’on perçoit constamment en filigrane, pour les pousser encore plus loin et les intégrer à ses réflexions et à celles d’autres commentateurs. Cependant, il se permet également de s’en détacher lorsque l’occasion se présente. Comme en tout début d’ouvrage, là où Maganelli avance l’hypothèse d’une coquille dans l’incipit du roman de Collodi, Agamben l’exclue résolument.

Le monde créé par Collodi est un monde où l’humain n’est qu’une partie de la nature au même titre que les autres animaux. Au cours de ses péripéties, Pinocchio trébuche régulièrement sur des rencontres animalières, le chat, le renard et même des limaces, des grillons…. Son univers est tellement peuplé d’animaux que lui-même pendant une période, s’est mué en âne, avec ses camarades de mésaventure.

L’épilogue de l’histoire du pantin est dense de significations. Même si Maganelli dit, à juste titre, que « aucun livre n’a de fin », théorie reprise quelques années plus tard par l’allemand Michael Ende, dans les dernières pages du livre, la marionnette en tant que telle arrête d’être « animée » pour demeurer dans le monde de façon purement statique, à côté de l’enfant en chair et en os. Ce qui contredit la « vulgate banalisante », qui prétend la transformation, presque une transsubstantiation, définitive du bois en chair, de pantin en garçon. La double nature persiste donc à la fin du roman.

Mais là où Agamben s’éloigne totalement du « commentateur parallèle », comme il appelle Manganelli, c’est dans les dernières pages où il introduit le concept de rêve selon la définition de l’anthropologue Géza Róheim, élève de Ferenczi. Sur la base de la « triple équation  entre rêve, conte et vie suggérée par Róheim », l’histoire de Pinocchio acquiert une toute autre dimension.

Informations pratiques
  • Giorgio Agamben, Pinocchio. Les aventures d'un pantin doublement commentées et trois fois illustrées, traduit de l'italien par Léo Texier, Rivages, 22 €