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Publié le vendredi, 25 février 2022 à 10h26

Philosophie de la Maison d'Emanuele Coccia

Par Riccardo Borghesi

Philosophie de la Maison - couverture

La lecture de ce texte court mais extrêmement dense, à mi-chemin entre un essai philosophique et une autobiographie (à moins que ce ne soit toujours le cas pour tout ce qui a trait à l'interprétation du monde ?) est un exercice salutaire de réflexion sur notre vie quotidienne. Une analyse de la structuration de nos espaces de vie, de leur signification intime, qui est considéré comme acquise par la plupart des gens, vécue comme naturelle, mais qui en vérité ne l'est que partiellement.

L'auteur démontre avec une clarté didactique combien la propre biographie est essentielle à l'interprétation du monde. Il le fait en nous racontant les expériences intimes qui l'ont conduit à certaines réflexions. Vivre dans un appartement complètement vide, avoir la salle de bain dans la cuisine, déménager plusieurs fois en quelques mois, sont autant d'accidents, d'opportunités, qui ouvrent des brèches dans le mur de la vie quotidienne et permettent à la pensée de se libérer de la nécessité du présent.

L'essai est structuré en chapitres, tout comme la maison est structurée en pièces. La salle de bain, l'armoire, la cuisine, le jardin, Mais comme chacune des pièces n'aurait pas de sens séparée des autres, l'accumulation des différentes réflexions finit par nous donner une vision organique du rôle de la maison dans notre existence. Pour Coccia, la maison est l'instrument qui permet de bien vivre dans le monde, d'accomplir le besoin de bonheur.

La maison, pour le citer, est une entité morale. C'est pourquoi les murs, le lieu physique et minéral, ne pourraient suffire seuls. Voila donc que ce rôle d'interface est donné par l'ensemble des objets, des plantes, des animaux, des souvenirs et des personnes que chacun transporte avec lui, dans l'espace et dans le temps, afin de reconstituer, où qu'il soit, un contexte pour être dans le monde.

La maison n'est pas seulement un refuge contre les dangers de la vie, mais aussi l'instrument qui la rend accessible, exploitable, tolérable. En toute chose, il y a la trace d'une permanence de la vie : nos souvenirs et ceux des autres, traces collectives ou intimes qui, sous notre regard,libèrent la force vitale emmagasinée, suivant le même mécanisme qui permet d'aborder l’œuvre d'art. En cela, l'approche de l'auteur est intimement animiste.

La vie est partout et nous sommes ce que nous touchons, ce que nous mangeons, ce que nous traversons et ce qui nous traverse. Comme les anciens, nous transportons dans nos valises, nos Lares, auxquels nous consacrons des autels dans nos maisons. Comme les nomades des steppes, nous reconstruisons des intérieurs qui ont le même aspect partout où nous déménageons.

En cela laissant deviner une continuité depuis la nuit des temps, depuis que la maison a cessé d'être seulement la grotte qui nous protégeait du froid et de la morsure des bêtes qui rodaient dans l'obscurité

Informations pratiques
  • Emanuele Coccia, Philosophie de la maison, traduit de l'italien Léo Texier, Rivages 18 €

Vous pouvez commander ce livre, en italien ou en français, sur le site de La LIbreria