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Publié le lundi, 4 janvier 2021 à 09h31

L’empire de la poussière, roman de Francesca Manfredi

Par Stefano Palombari

L’empire de la poussière - couverture

A l’école Valentina a quelques difficultés à s’intégrer. On l’appelle « la fille de la maison aveugle ». Dans le village, les racontars sont nombreux sur les habitantes de cette maison à l’architecture particulière : Des petites fenêtres sur trois côtés et le quatrième complètement aveugle. Nous sommes en 1996, l’école vient de s’achever pour laisser la place à un été de vacances. Ce sera un été particulier, un été d’apprentissage, un été aux allures de rite de passage. Et, depuis toujours, le passage implique des pertes, des amputations.

Effrayée par son corps qui se transforme, Valentina n’a qu’une solution, l’objectiver. Elle n’est pas son corps, qui lui devient extérieur, étranger. Elle a douze ans et, en cet été naissant, le sang est sa première perte. Un événement intime, personnel qui quitte la jeune fille et acquiert une autonomie substantielle sous forme de fissure saignante du mur de sa chambre.

Dans la grande maison aveugle, Valentina vit avec sa mère et sa grand-mère, le vrai pilier de la famille. Son père est une présence déclinante. Ses apparitions s’espacent jusqu’à l’annonce de son départ, « pour cause de travail » vers des contrées lointaines. Les hommes sont des présences éphémères, des personnages transparents. La maison aveugle s’apparente à une sorte de ruche où les mâles on un rôle purement reproductif.

Francesca Manfredi est très habile à se fondre avec son personnage. Cela devient une forme d’évidence. Le style simple, essentiel et très efficace de l’auteure guide la narration vers son destin, le seul possible. Le livre s’achève avec la fin de la saison lumineuse. La parabole estivale monte avec les premiers émois de la jeune fille, et sa sexualité qui éclot sous forme de curiosités, pulsions, désirs. Pour descendre tragiquement avec l’aveu de la trahison de sa seule et unique amie. Prodromes de drames imminents.

On devine qu’un terrible secret hante ce lieu. Une sorte de péché originaire, de faute ancestrale qui appelle des punitions divines, bibliques, des plaies  : le sang, les grenouilles, les moustiques, les sauterelles... la mort. Une seule solution, l’exode.

C’est un livre complexe qui permet plusieurs niveaux de lecture. L’intrigue, écrite de façon plaisante, peut être lue tout simplement comme l‘histoire d’une jeune adolescente dans un village de campagne. Mais le lecteur plus avisé ne pourra pas s’empêcher de repérer les nombreux renvois, allusions, références, notamment bibliques.

Informations pratiques

Francesca Manfredi, L’empire de la poussière, traduit de l'italien par Lise Caillat, Robert Laffont, 19 €
Vous pouvez commander ce livre, en italien ou en français, sur le site de La LIbreria