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Publié le lundi, 11 janvier 2021 à 09h37

Le Train des enfants, roman de Viola Ardone

Par Stefano Palombari

Le Train des enfants - couverture

Lorsqu’il sort avec sa mère, Amerigo fait toujours le même jeu : plus les chaussures des gens autour de lui sont en bon état, plus il gagne des points. Sa journée peut changer de couleur selon les souliers des piétons. La seconde guerre mondiale vient de s’achever et Naples est dans un sale état. Les chaussures des gens qui y habitent, en sont le reflet ?

Petit garçon espiègle, Amerigo, que l’on appelle Nobel dans le quartier à cause de ses connaissances, malgré son jeune âge - il n’a que sept ans - est contraint de faire des petits boulots pour contribuer au budget familial. Il vit avec sa mère Antonietta dans un basso des quartieri spagnoli, quartier populaire du centre. Deux personnages encombrants autant qu’impalpables habitent le quotidien du jeune garçon : son frère aîné mort avant sa naissance et son père officiellement “parti en Amérique faire fortune”.

Pour Amerigo et ses copains, les chaussures sont un véritable status symbol. Seuls les riches peuvent se permettre des chaussure neuves. C’est pour les souliers, des beaux souliers tout neufs qu’ Amerigo monte sur le « train des enfants ». A partir d’un fait historique presque oublié, Viola Ardone bâtit une histoire touchante et poétique.

Entre 1946 et 1952 le parti communiste italien en collaboration avec l’UDI, Union des femmes italiennes, organise une opération, appelée « les trains du bonheur », pour permettre aux enfants pauvres du sud de l’Italie d’être accueillis par des familles du nord, où ils pourraient aller à l’école, être habillés correctement et manger à leur faim. Soixante-dix mille enfants environ ont participé à l’opération.

Lorsque le jeune Amerigo monte dans le train avec d’autres enfants de son quartier sa vie bascule. L’éloignement assume des tonalités métaphysiques que seul le temps pourra effacer.

Le train des enfants est un ouvrage surprenant. Au bout d’un certain nombre de pages, le lecteur s’aperçoit qu’il est tombé dans un piège littéraire de grande finesse. Raconté à hauteur d’enfant, le lecteur est catapulté dès les premières lignes in medias res, in fabula comme dirait Umberto Eco. Et là on prend imperceptiblement de la hauteur. Le livre recèle des pépites dont on prend la mesure rétrospectivement, une fois cette lecture réjouissante achevée.

Informations pratiques

Viola Ardone, Le Train des enfants, traduit de l'italien par Laura Brignon, Albin Michel, 19,90 €
Vous pouvez commander ce livre, en italien ou en français, sur le site de La LIbreria