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Publié le jeudi, 28 mars 2019 à 09h39

Le temps qui reste, roman de Marco Amerighi

Par Stefano Palombari

Le temps qui reste - couverture

Été 1985. Le jeune Sauro et ses amis, « le docteur », Momo et Trifo, passent leurs journées à traîner du côté de la décharge du petit village de Badiascarna en Toscane pour s’entraîner à bien viser avec leurs frondes. Ils ont entre treize et quatorze ans. Leurs familles ont toutes des situations difficiles, liées de près ou de loin à la présence encombrante de la NovaLago, imposante centrale géothermique.

La NovaLago fut un grand espoir pour la région. Après la guerre, le développement de l’énergie géothermique s’est traduit en emplois et services pour tout le monde. Les ouvriers de la centrale avaient même droit à une maison toute neuve, dans un nouveau quartier pavillonnaire. Puis, le grand espoir se mua petit à petit en cauchemar. L’amiante, qui jusqu’à la fin des années 1980 était utilisé un peu partout, était présent dans presque tous les éléments de la centrale, notamment les tuyaux qui convoyaient la vapeur et l’eau à haute température.

« Quand quelqu'un a commencé à suggérer de fermer un œil ? (...) Quand l’amiante a tapissé les navires, les wagons de métro, les tonneaux de vin, les réfrigérateurs, les chaudières, les plaques de cuisson des fours, les garnitures d’embrayage, les sèche-cheveux, les radiateurs, les gants de cuisine, les faux plafonds, les conduits d’aération, les toits des maisons ? Quand dire « amiante » était comme dire « ciment », comme dire « avenir » » ?

A Rino, le père de Sauro, les médecins ont diagnostiqué un fibrome à l’âge de 51 ans. Ce qui s’est traduit en préretraite en attendant que la maladie se développe. Combien de temps ? C’est ça le problème avec l’amiante. On ne connaît pas le temps qui reste. Rino voit ses anciens collègues tomber comme des mouches, emportés par des cancers, des mésothéliomes de la plèvre, des asbestoses… Pendant des années, ils avaient travaillé à longueur de journées au contact des matériaux contenants de l’amiante, ils en avaient respiré les fines et insidieuses fibres. Tels des insectes pollinisateurs, ils avaient répandu les poussières contaminées un peu partout dans leur passage : Leurs familles, les commerçants, les éboueurs, les chauffeurs de bus… la maladie n’avait plus de frontières.



La jeunesse a une forte capacité d’adaptation. Le drame sanitaire qui sévit sournoisement dans la région n’empêche pas Sauro et ses amis de mener une vie normale, quoique monotone, de collégiens. Pour tuer l’ennui, ils décident soudainement de créer un groupe rock. Bea Tempesti, séduisante jeune fille de leur âge, dont les quatre copains tombent instantanément amoureux, décide de les aider. Elle les inscrit à un concours de musique et ils n’ont que très peu de temps pour s’entraîner.

C’est le début d’une aventure savoureuse et surtout d’un mystère qui rend la lecture particulièrement addictive. Sauro quittera la ville à la fin de l’été en question et n’y retournera que 20 ans plus tard. Une distance qui lui permettra de comprendre pas mal de choses.

Dans son magnifique roman, Marco Amerighi n’invente pas grand-chose. Oui, bien sûr l’histoire du groupe rock, « La Banda » et de ses membres est fictive. Mais tout le reste n’est que histoire récente. Derrière les noms factices, on reconnaît Larderello, petit village dans les Monts Métallifères, entre Sienne Pise et Grosseto, et sa centrale géothermique. La première au monde.

Le point de départ de l’écriture de ce roman, comme le raconte l’auteur dans une interview, ce fut l’appel d’un ami d’enfance qui lui apprit la maladie de son beau-père. Une maladie qui ôte tout espoir. Une maladie liée à l’amiante. Dans un article oublié dans un journal en ligne, Marco Amerighi prévient que le scandale sanitaire lié à l’amiante n’est qu’à ses débuts. On a continué à l’utiliser massivement même si les effets néfastes de cette fibre minuscule sur la santé étaient connus depuis les années 40. On prévoit le pic de la maladie en 2025. Malheureusement, aucun « memento homo » réussit à freiner les intérêts économiques à court terme qui ont des effets pernicieux sur la santé. Pensons seulement au glyphosate, qui pourrait se révéler l’amiante de demain.

Cela dit, l’amiante, thème de fond du livre, ne doit pas faire oublier que Le temps qui reste n’est pas un essai. Il s’agit d’un roman particulièrement plaisant, fluide, bien écrit, avec des personnages attachants et jonché de considérations pertinentes.

Informations pratiques

Le temps qui reste, Marco Amerighi, Liana Levi, 20 €
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