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Publié le samedi, 30 octobre 2021 à 10h48

Le Jardin des monstres de Lorenza Pieri

Par Riccardo Borghesi

Le Jardin des Monstres - couverture

Le Jardin des Monstres qui donne son titre au livre est le célèbre Jardin des Tarots, créé par Niki de Saint Phalle à Capalbio, dans le sud de la Toscane. C'est son œuvre la plus monumentale et presque testamentaire dont la construction engagea l’artiste pendant de nombreuses années, de 1979 à 1993.

Les événements racontés dans le livre se déroulent à cette époque, et Niki De Saint Phalle, bien qu’elle ne soit pas l’un des personnages principaux du roman, y assume un rôle central d’inspiratrice et catalyseur des événements qui lui convient parfaitement. "Le Jardin Des Monstres" est essentiellement un roman de formation, dans lequel sont racontés le malaise et la souffrance d'une adolescente provinciale, trop intelligente et trop peu "féminine" pour trouver sa place dans une société archaïque, encore au seuil de la modernité.

Trouble des sens, inadéquation au contexte social, manque d’affection et de modèles à la hauteur de ses besoins, mais aussi techniques raffinées de survie et intuitions éclairantes, constituent le quotidien de cette adolescente différente des autres.

Dans un univers où tout le monde semble donner le pire de soi-même, de la famille aux amis, (est-ce cela peut-être le jardin des monstres auxquels Pieri fait référence?) Annamaria trouvera ailleurs le déclencheur à ce processus d’autodétermination qui la conduira à se comprendre et à devenir grande. Deux rencontres seront décisives en cela, deux frictions avec des mondes aliens et distants, l'une avec une fille gâtée de la bourgeoisie romaine et l'autre justement avec l'art visionnaire et ésotérique de Niki de Saint Phalle.

Mais la force du récit coïncide, à mon avis, avec la précision ethnologique avec laquelle l'auteur parvient à décrire la Maremme de Grosseto, qu'elle avait en partie déjà racontée dans son précédent roman. Une terre suspendue entre mer et campagne, liée à un passé qui ne semble jamais passer, fait de paysages sauvages, de malaria, de braconniers et de brigands. Une terre pauvre mais incontaminée, dure à vivre, rebelle et insoumise, décor héroïque de brigandage, de révoltes paysannes et de luttes antifascistes. Pourtant, la proximité géographique de Rome, de sa bourgeoisie opulente et de son insatiable classe dirigeante en quête de lieux préservés, ont fini par la contraindre à une forme de rapace colonialisme touristique.

Sous la pression de l'argent facile et du mauvais exemple, la présence de politiciens, de gens du spectacle et d'autres célébrités qui ont installé ici leur "buen retiro", a finalement eu raison de la dissidence d'une société qui a toujours été ancrée à gauche, la transformant anthropologiquement en quelque chose d'antithétique qu'elle abhorrait autrefois.

Ps: La superbe photo de couverture, bien qu'elle n'ait rien à voir avec l'histoire, représente l'une des plus belles plages de la Maremme toscane, celle de Baratti, à une centaine de kilomètres au nord du lieu où se déroule l'histoire.

Informations pratiques
  • Lorenza Pieri, Le Jardin des monstres, traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza, Préludes, 18,90 €

Vous pouvez commander ce livre, en italien ou en français, sur le site de La LIbreria