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Publié le vendredi, 5 juillet 2019 à 09h52

La nostalgie du sang, roman de Dario Correnti

Par Riccardo Borghesi

La nostalgie du sang - couverture

La nostalgie du sang, qui donne son titre au roman, est celle qui frappe les journalistes de faits divers, une fois à la retraite, quand ils se retrouvent exclus de l'action.

L’histoire nous est racontée justement par un journaliste d’investigation sur le point de prendre sa retraite, qui aborde sa dernière grande enquête, à l’occasion d’une série d'affreux meurtres de jeunes femmes. Ceux-ci, dans les modalités et les rituels, sont inspirés du premier véritable tueur en série de l'histoire d'Italie, celui que les journaux de l'époque surnommèrent le "Vampire de Bergame" et dont l'expertise psychiatrique pendant son procès, avait été rédigée par Cesare Lombroso en personne.
Le reporter sera accompagné dans ses investigations par une jeune aspirante journaliste qui aura à cette occasion son "baptême du sang" et qui deviendra sa muse et son disciple.

Je ne vous cache pas mon scepticisme et mon à priori sur les récits de tueurs en série, un sous-genre du roman policier trop stéréotypé pour donner de la place à l'introspection et à l'analyse sociale (point fort des romans policiers de qualité). Bien souvent nous nous retrouvons face à une littérature de pur divertissement, avec un arrière-goût de grande production américaine.

Ici au contraire, l'auteur (ou plutôt les auteurs, puisqu'il s'agit d'un binôme sous pseudonymes) réussit à construire des personnages intéressants, dotés d'humour et de sens critique, et qui poussent à l'empathie. Certes, les clichés du genre ne manquent pas (comme le recours trop facile au désormais inévitable pirate informatique), mais le choix de situer le roman dans l’arrière-pays milanais, no man's land sans âme, et dans le monde du journalisme d’investigation -que l’un des deux auteurs semble fréquenter par profession- donne de la profondeur de champ et de l'intérêt à l’histoire.

En somme, dans les romans d'enquête, le contexte est essentiel et, dans ce cas, les auteurs font habilement référence aux grands maîtres du roman policier milanais : le Milan qui vit dans ces pages est une ville rude et nostalgique, cultivée et violente, hommage explicite aux atmosphères brumeuses et poignantes des romans d’Olivieri et de Castellaneta. Également le couple de journalistes, fait de matériaux nobles, est construit pour durer et, grâce au succès de "la nostalgie du sang", laisse deviner une sérialité future, à la hauteur de celle des tueurs dont il s'occupe.

Informations pratiques

La nostalgie du sang de Dario Correnti, Albin Michel, 22,90 €
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