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Publié le mardi, 22 novembre 2022 à 09h28

La Maison de Verre, roman de Roberto Cotroneo

Par Riccardo Borghesi

La Maison de Verre de Roberto Cotroneo - couverture

Cotroneo est l'un des écrivains les plus éclectiques de la scène littéraire italienne. Journaliste, essayiste, critique littéraire, poète et romancier, il a écrit sur la musique, la littérature, l'histoire et la sociologie. En tant que romancier, il s'est attaqué à des genres disparates, tels que les polars ou les romans historiques, et tous toujours avec un soin extrême pour la langue.

Dans la "Maison de verre", Cotroneo se confronte au genre gothique, avec une histoire de fantômes adaptée au monde contemporain. Ici, les fantômes n'apparaissent pas la nuit, à la lueur des bougies, mais en plein jour à la lumière du soleil, et ils n'errent pas en gémissant dans les cachots d'un château, mais dans le parc d'une moderne villa aristocratique.

La villa conçue par un célèbre architecte contemporain, un "archi-star" dirions-nous avec un terme barbare, se caractérise par la quasi absence de murs, remplacés par de larges baies vitrées qui créent une continuité avec le parc. L'absence d'intimité due à l'architecture est un facteur essentiel dans l'histoire, où chaque personnage semble veiller sur les autres, et semble en être influencé sinon guidé. Dans le parc, en contrepoint de la modernité de la villa, se trouve un petit temple Renaissance qui abrite la statue romaine, voire plus ancienne, d'Hécate, divinité protectrice des carrefours, déesse aux trois visages, intermédiaire entre le royaume des vivants et le royaume des morts.

La porte des enfers s'ouvre donc à deux pas du quotidien d'une famille apparemment parfaite, riche nid d'amour pour des jumelles de dix ans, qui se révéleront parmi les protagonistes les plus inquiétantes de l'histoire. Margherita, une jeune pianiste aux idées incertaines sur son propre avenir, est appelée à s'occuper d'elles. Se retrouvant involontairement au centre d'une partition déjà écrite, Margherita deviendra le catalyseur du dévoilement de la sombre réalité cachée sous le mince vernis d'une normalité bourgeoise.

Les références littéraires, comme d'habitude dans les livres de Cotroneo, sont abondantes, du "Tour d'écrou" d'Henry James à "L'île au trésor" de Stevenson. D'autres, moins immédiates, se cachent dans les pages du livre, invitant le lecteur qui en aurait envie à se lancer dans une chasse au trésor littéraire. De même, les références musicales ne manquent pas, comme celle à la "messe noire" de Scriabine, bande son digne de l'histoire, révélant une fois de plus la passion de Cotroneo pour la musique.

La "maison de verre" est une histoire gothique qui plaira aux amateurs du genre pour l'implacabilité de son mécanisme narratif. Mais c'est aussi un divertissement cultivé, riche en suggestions, point de départ pour d'autres possibles parcours littéraires ou musicaux

Informations pratiques
  • Roberto Cotroneo, La Maison de Verre, traduit de l'Italien par Marc Lesage Buchet Chastel, 19 €