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Publié le lundi, 25 septembre 2023 à 09h35

La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino

Par Riccardo Borghesi

La Grande Bellezza - couverture

Lors de sa sortie en salle il y a dix ans, le film de Sorrentino a été accueilli par la critique de manière ambivalente. Certains l'ont salué comme le chef-d'oeuvre du réalisateur napolitain qui, messianiquement, avait finalelent ramené le cinéma italien aux fastes de l'ère Fellinienne, tandis que d'autres l'ont reçu froidement, presque avec rancune, comme un film maniériste, esthétisant, dont le symbolisme forcé masquait un vide de sens. Un film qui a suscité le mécontentement aussi bien à gauche (trop cynique, trop "qualunquiste") qu'à droite (trop décadent, véhiculant une image indigne de l'Italie).

Où se situe la vérité sur la "Grande Bellezza", s'il en existe une dans le domaine artistique (la raison d'une telle indignation ne viendrait-elle justement pas de l'application à une œuvre d'art de catégories qui ne lui appartiennent pas?), chacun pourra en juger, peut-être en revoyant ses images indéniablement splendides dix ans après sa sortie.
Et justement à l'occasion du dixième anniversaire du film, les Éditions Seguier en publient le scénario, outil indispensable pour se faire une idée moins éphémère de la valeur et du sens de la « Grande Bellezza ».

Mais attention, ne pensez pas que l'intérêt du livre réside uniquement dans sa valeur herméneutique, car vous auriez une approche de lecture réductrice. Il ne s'agit pas du script technique et aseptisée d’une œuvre visuelle, il s'agit ici de vraie littérature.
Le langage, à la fois élégant et populaire, typique de la bourgeoisie du Vomero, le regard lucide et compatissant sur les personnages, l'humour latent, la maîtrise des temps et des ambiances, font de ce scénario un texte autonome, passionnant même pour ceux qui n'auraient pas vu le film.

Dommage pour la traduction négligente, irrespectueuse d'un texte d'une telle valeur. Outre un aplatissement général du langage qui fait du texte une véritable paraphrase, les erreurs de traduction et les malentendus (par exemple « morbido » traduit par « morbide », page 174) sont trop fréquents pour ne pas perturber la lecture.
Néanmoins, le texte, par sa force inhérente et irrépressible, mérite sans aucun doute une lecture attentive.


Réplique de la traductrice :

« Cher monsieur, Vous avez le droit de porter une appréciation sur ma traduction et je vous remercie au passage de faire la promotion d’un livre que j'ai eu beaucoup de plaisir à traduire. Cependant, juger mon travail à partir d’une erreur regrettable n’autorise pas à le dévaluer dans son ensemble. Je ne doute pas que vous connaissiez les finesses de la langue italienne, mais toute traductrice ou tout traducteur sait les difficultés de les traduire dans une autre langue et les inévitables choix qui en découlent. La règle en usage est de donner sa traduction en relecture à des personnes qui ne connaissent pas la langue de laquelle on traduit et dont la langue maternelle est celle dans laquelle on traduit. Veuillez m'excuser pour ce cours de méthodologie que je vous demande d'avoir l'amabilité de reproduire sur votre site comme droit de réponse, ou de défense de mon travail. » Anna Colao

Informations pratiques
  • Paolo Sorrentino, La Grande Bellezza, traduit de l'italien par Anna Colao, Séguier, 21 €