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Publié le samedi, 5 octobre 2019 à 10h14

La Fortuna, roman de Françoise Gallo

Par Stefano Palombari

La Fortuna - couverture

La Fortuna est un nom qui marque un destin. Mais c’est avant tout le signe d’une origine, une sorte d’empreinte indélébile d’abandon. Les orphelins méritaient les noms les plus divers et variés : Innocenti, Esposti, Ventura, Proietti... Giuseppa La Fortuna, trouvée sur la ruota degli esposti, le tour d’abandon, du couvent de bonnes sœurs d’Agrigente, passe toute son enfance et adolescence enfermée dans ce lieu où elle recevra une bonne éducation mais guère d’affection.

A l’époque, nous sommes à la fin du 19ème siècle, les jeunes-filles ne « sortaient » jamais. Elles quittaient un lieu pour être enfermées dans un autre : Des murs froids et humides du couvent à ceux souvent autant sinistres et inhospitaliers, d’une belle-famille. Ce fut donc le destin de Giuseppa La Fortuna comme celui de tant d’autres.

A l’intérieur du couvent, lorsqu’elle avait une dizaine d’année, un épisode fut particulièrement marquant et décisif. Le décès de la malheureuse Luciana, une fragile compagne d’infortune, succombée aux mauvais traitements des bonnes sœurs, fut une décharge d’adrénaline pour la jeune Giuseppa. Elle décida de se battre avec toutes ses forces contre son destin.

Ensuite, le scénario était déjà écrit d’avance. Le mariage avec un bon gars, Francesco, qu’elle a aimé sincèrement autant qu’elle a détesté sa belle famille. Elle avait été reléguée au rang d’une servante sans droit.

Jusqu’à cette décision finale. Le départ vers un avenir meilleur. Un lieu vierge où bâtir un avenir. Paradoxalement, comme beaucoup de familles de la région, ce n’est pas l’étoile polaire qui faisait office de repère. Ils décidèrent de lui tourner le dos et de faire route vers la Tunisie. C’est là où la famille de Giuseppa La Fortuna s’installe pour plusieurs générations.

En se basant sur la véritable histoire de sa famille, Françoise Gallo plonge le lecteur dans un contexte historique méconnu. Le personnage de Giuseppa, fort et touchant en même temps, devient l’emblème d’une émigration à contre-courant. Si nous pensons à notre triste actualité et à sa banalisation criminalisante, opérée le plus souvent à des fins électoralistes, vêtir, le temps d’une courte lecture (le roman fait moins de 150 pages), les habits usés de Giuseppa, ne peut qu’être une opération salutaire.

Informations pratiques

Françoise Gallo, La Fortuna, Liana Levi, 15 €
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