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Publié le jeudi, 5 décembre 2019 à 09h33

L'italienne qui ne voulait pas fêter Noël de Jérémie Lefebvre

Par Riccardo Borghesi

L'italienne qui ne voulait pas fêter Noël - couverture

Palerme a toujours attiré les écrivains français, pour ce mélange d'exotisme et de familiarité, d'anarchie et de règles féroces, de moderne et d'ancestral.

Le regard qu'ils y portent est souvent empreint de nostalgie et de désir, mais il suit toujours une trajectoire descendante. C'est un regard ambigu comme celui porté sur une femme que l'on désire mais que l'on ne comprend pas. Et ce qui n'est pas compris est réinterprété. C’est comme un désir de retour aux origines venant d'une société parisienne où tout ce qui sent l'ancien s’est dissout dans une modernité indistincte. Un besoin hormonal de désordre.

Ne vous méprenez pas sur cet incipit. J'ai vraiment aimé le roman de Lefebvre. C'est un roman bien écrit, intelligent, bien structuré et très drôle. Il n’empêche qu'il met en scène une vision exotique et un peu stéréotypée de la famille italienne. Vision qui est d’ailleurs la partie la plus intéressante du roman. Car il s'agit ici d'une expérience de modification génétique, où le personnage principal (Francesca, Erasmus en littérature à la Sorbonne) sicilien dans sa chair, héberge un esprit éminemment parisien.

Un monstre, me direz-vous. Oui, un monstre, mais dans le sens latin du terme bien-sûr. Dont la monstruosité consiste à appliquer sans cesse un regard critique et un rien arrogant à tout, même à ce dont l’essence échappe à ce regard : les sentiments, les passions, les instincts, les peurs, les atavismes, tout ce qui est plus archaïquement humain. Ainsi Francesca finit par perdre toute défense, devenant la proie ingénue des instincts des autres.On dirait presque un conte à morale de La Fontaine : « qui trop veut appliquer ironie et sens critique, finit par se faire naïf ».

Je ne vais pas vous raconter l’histoire, parce qu’elle réserve de vrais rebondissements, mais la scène où la Francesca "française" est emportée et annulée par la Francesca "italienne" est un petit chef-d’œuvre. Exemple emblématique de la façon dont, dans les moments où l'on est le plus démuni, la raison devient la proie facile des instincts et des peurs les plus profondes.

PS: allez voir sur YouTube la rencontre surréaliste que l’auteur a eue avec le public palermitain. Public qui, n’ayant pas lu le livre, n’arrive pas à en saisir le sens et, sur la défensive, pose des questions au hasard. L’auteur déconcerté essaye d'éclaircir sa pensée toujours sur le fil de l'embarras et du malentendu. Emblématique de l'incommunicabilité entre cultures à la fois proches et lointaines. Tendre et amusant.

PS2: ne vous laissez pas désarmer par le kitch de la couverture et l'intolérable phrase au dos du livre qui pèse comme un anathème sur un roman tout sauf naïf : "léger comme un gelato, corsé comme un ristretto". Pourquoi ?

Informations pratiques

Jérémie Lefebvre, L'italienne qui ne voulait pas fêter Noël, Buchet Chastel, 16 €
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