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Publié le mercredi, 8 décembre 2021 à 09h33

Fragments vénitiens de Martine et Philippe Delerm. L'anticliché

Par Stefano Palombari

Fragments vénitiens - couverture

Venise est une ville dangereuse. Ébloui par tant de beauté, l’écrivain ou l’artiste glisse trop souvent dans le convenu, le banal, le déjà-vu. Tout ce qui a été dit et écrit, par des grands et des petits écrivains, toutes les images de carte postale qui inondent les espaces virtuels, rendent toute tentative d’un regard original pratiquement impossible. La ferme volonté se transforme en piètre velléité. Le lecteur se sent grisé par tant de mots et d’images.

Fragments vénitiens est une opération réussie. Martine et Philippe Delerm montrent une connaissance approfondie de la ville. Ce qui leur permet d’en restituer une « image » très personnelle et en même temps universelle. En feuilletant ce livre, tous ceux qui aiment cette ville unique, qui en ont arpenté les calli et les campielli, à l’abri du regard superficiel des touristes, éprouveront des sensations connues.

Les photos de Martine Delerm sont très belles mais surtout très éloquentes, presque verbeuses. Aux antipodes des habituelles images « statiques » qui montrent une ville muséifiée par sa beauté, elles ont la capacité de rendre la vie. Il s’agit d’une série de détails, des « fragments » justement, derrière lesquels, on sent battre le cœur de la ville. Même si aucun être vivant n’y apparaît, la vie des habitants discrets de cette ville est évoquée, par ses effets, par ses traces.

Les courts textes de son mari supportent les photos dans une sorte de parfaite symbiose. L’effritement, en guise d’introduction, débute avec cette vérité criante « un pan de mur dit davantage que toutes les merveilles répertoriées ». Ce qui est encore plus vrai pour Venise.

Informations pratiques
  • Martine Delerm et Philippe Delerm, Fragments vénitiens, Seuil 29 €

Vous pouvez commander ce livre sur le site de La LIbreria