cinéma

Publié le samedi, 3 juillet 2021 à 10h47

Fantozzi franchit enfin la frontière

Par Stefano Palombari

Paolo Villaggio dans une scène de Fantozzi

En Italie, Fantozzi est un personnage populaire, tellement populaire, qu'il est devenu un symbole. Ce nom ainsi que l'adjectif qui en découle, « fantozziano », est dense de signification. Aucun Italien ne l'ignore. Cette popularité est restée circonscrite à l'intérieur des frontières nationales. En France, Paolo Villaggio et son personnage demeurent pratiquement inconnus.

Le distributeur Tamasa cinéma fait le pari de combler cette lacune. A partir du 21 juillet 2021, Fantozzi de Luciano Salce, avec Paolo Villaggio, Gigi Reder et Anna Mazzamauro sortira en France au cinéma, c'est à dire 46 ans après l'Italie. Une occasion unique pour les Français de découvrir un personnage adoré par leurs voisins transalpins et pour les Italiens de Paris de revoir leur « héros » sur grand écran.

Mais pourquoi Fantozzi est tellement aimé en Italie ? Je pense que ce personnage s'inscrit parfaitement dans la tradition de la comédie à l'italienne, où le comique est imprégné de désarroi. On se moque des maladresses des vaincus (pauvres comme dans L'argent de la vieille ou bien de la classe moyenne comme dans Fantozzi), qui tentent sans succès de sortir de leur situation. La comédie à l'italienne c'est l’ascenseur social en panne permanente. Beaucoup d'italiens, habitués depuis des décennies à se débrouiller pour s'en sortir, se reconnaissent dans ces personnages ridicules mais touchants. Pour remonter aux archétypes littéraires, les héros de la comédie à l'italienne sont plus dostoïevskiens que kafkaïens.

Fantozzi n'est donc pas le pendant transalpin des Bronzés. On ne rigole pas à gorge déployée. On rit jaune. La rigolade n'est jamais franche. Elle s'accompagne toujours d'un petit pincement au cœur. Car de toute façon, comme dans Dostoïevski, nous savons déjà que les efforts des personnages seront vains.

Avant d'accompagner son personnage fétiche sur grand écran, Paolo Villaggio a publié ses aventures en trois livres qui ont eu un succès énorme en Italie. En 1981, Robert Laffont tente de relayer ce succès en publiant une synthèse des trois volumes, Fantozzi avec et contre tous, ouvrage dans lequel Villaggio décrit les tribulations de son héros, l’employé de bureau Ugo Fantozzi. Ce livre permet de mesurer la part de génie qu’il y a chez cet auteur dans sa manière de décrire, avec un humour féroce qui n’hésite pas à emprunter les chemins de la vulgarité et du cartoon, voire la voie d’un esprit proche d’Hara-Kiri, la brutalité des rapports sociaux, notamment dans le monde de l’entreprise et dans la bureaucratie.

Fantozzi est un employé de bureau basique et stoïque. Il est en proie à un monde de difficultés qu’il ne surmonte jamais malgré tous ses efforts. Villaggio interprète ces épisodes, basés sur des histoires de son propre livre, d’une manière que beaucoup comparent à Buster Keaton. Avec une production à petit budget, ce film était néanmoins extrêmement populaire en Italie.

« ''Paolo Villaggio a été le plus grand clown de sa génération. Un clown immense. Et les clowns sont comme les grands poètes : ils sont rarissimes. N’oublions pas qu’avant lui, nous avions des masques régionaux comme Pulcinella ou Pantalone. Avec Fantozzi, il a véritablement inventé le premier grand masque national. Quelque chose d’éternel. Il nous a humiliés à travers Ugo Fantozzi, et corrigés. Corrigés et humiliés, il y a là quelque chose de vraiment noble, n’est-ce pas ? Quelque chose qui rend noble. Quand les gens ne sont plus capables de se rendre compte de leur nullité, de leur misère ou de leurs folies, c’est alors que les grands clowns apparaissent ou les grands comiques, comme Paolo Villaggio.'' » Roberto Benigni

Informations pratiques
  • Au cinéma à partir du 21 juillet 2021

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