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Publié le mardi, 23 mars 2021 à 09h57

Fantômes Romains, roman de Luigi Malerba

Par Riccardo Borghesi

Fantômes Romains - couverture

Le lecteur français devrait récompenser l’engagement de petites maisons d’édition comme "Grenelle" à sortir d’un oubli inexplicable et immérité des auteurs importants comme Luigi Malerba. Un écrivain à l'œuvre imposante, originale et profonde, engagée et amusante, totalement absente des catalogues français depuis plus de vingt ans.

Grenelle re-propose, dans une bonne traduction, respectueuse du style ironique et limpide, à la précision presque mathématique, le dernier roman écrit par Malerba en 2006. Fantômes Romains traite du mariage bourgeois, ou plutôt de son "entretien" par la trahison et la tromperie.

C'est un sujet qui devrait être familier au public français (le cinéma français n'est-il pas, après tout, presque exclusivement consacré à cela ?).

Mais ici on l’aborde avec une ironie et un détachement analytique qui transforment les événements conjugaux en une partie d’échecs. Même la forme (que l'auteur définit comme un «monologue extérieur») faite de courts chapitres alternés -l'un raconté par le mari, l'autre par l'épouse- qui donnent la vision des mêmes événements des deux points de vue respectifs, contribue à transformer l'histoire en un duel au fleuret.

Mais il n'y a pas d'artifice, le rythme s'impose avec un naturel passionnant. Puis soudain, dans le quotidien de ce couple d’intellectuels sans enfants, confortablement installés dans une relation apparemment libérée (chacun a son amant que l’autre reconnaît implicitement), se greffe l’écriture d’un roman autobiographique. Le mari couche sur papier sa vision de la vie d’un couple trop semblable au sien, raconte ce que lui et sa femme ne se sont jamais dit, et va jusqu’à proposer les développements futurs de leur relation. En laissant le manuscrit bien en vue, il fait en sorte que sa femme le lise, l’interprète et finalement en soit influencée. Le mariage devient alors une métaphore littéraire de la relation entre l'auteur et son personnage.

Je ne vous en dirai pas plus, bien-sûr. Mais je vous invite à lire ce roman dont la structure est un mécanisme presque parfait et dont les personnages, excessifs, extrêmes dans leur analyse continue d'eux-mêmes et du monde, et habités de passions débordantes (qui reflètent celles de l'auteur), sont des figures allégoriques passionnantes et amusantes des pulsions les plus sombres de l'institution conjugale.

Informations pratiques
  • Luigi Malerba, Fantômes Romains, traduit de l'italien par Lucie Comparini, Grenelle, 18 €

Vous pouvez commander ce livre, en italien ou en français, sur le site de La LIbreria