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Publié le jeudi, 6 juillet 2023 à 09h56

Emiliano Poddi, Immersion. La langue de sable qui mène à la mère

Par Stefano Palombari

Immersion d'Emiliano Poddi - couverture

Leni Riefenstahl était appelée « la réalisatrice d’Hitler ». Pendant le troisième Reich, elle a réalisé des films et des documentaires qui démontrent son exceptionnelle maîtrise de la caméra ainsi que sa virtuosité dans le domaine du montage. Sa vie coïncide avec sa carrière, d’abord comme réalisatrice, ensuite comme photographe.

Peut-on faire abstraction de l’objet des images ? Une belle prise de vue peut-elle justifier qu’on se désintéresse du sort de ceux que l’on filme ? C’est l’interrogation qui sous-tend toute la narration. Pendant la réalisation du film Tiefland, Leni s’est servie de jeunes tziganes du camp de Maxglan, près de Salzbourg. Elle s’en est servie sans se soucier de leur sort avant et après le tournage. Parmi les tziganes en question Anna, la mère de Marta, protagoniste du roman.

Marta est biologiste, « elle a choisi la vie », comme elle aime le répéter. C’est pourquoi elle a écarté l’idée d’étudier l’histoire. Marta se trouve par un hasard un peu brusqué, à accompagner Leni, désormais centenaire, dans des plongées sous-marines dans la mer des Maldives, à partir de l’îlot de Gangehi. C’est peut-être le moment de lui régler ses comptes. Au nom de sa mère, au nom des siens, de son peuple exterminé dans les camps nazis.

Immersion est un roman qui se construit par petites touches. On entre très doucement dans le sujet de l’histoire. Comme une longue plage qui mène à la mer. L’eau mouille doucement les pieds, pour monter aux chevilles, aux mollets. Ce n’est que vers la fin que le rythme s’accélère et que l’on plonge véritablement dans l’histoire. Un coup de maître !

Informations pratiques
  • Emiliano Poddi, Immersion, traduit de l'italien par Sophie Royère, Albin Michel, 20,90€