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Publié le lundi, 16 mai 2022 à 14h58

Cité engloutie, roman de Marta Barone

Par Riccardo Borghesi

Cité engloutie - couverture

Cité Engloutie de Marta Barone est l’un des plus beaux livres dont j’ai eu à m’occuper ces derniers temps. Beau parce qu'il est sincère, parce qu'il est profond et riche de sens, intime et universel, mais aussi et surtout beau parce que belle est l’écriture à la fois poétique et précise, chargée d’un pathos retenu mais essentiel, où chaque mot trouve sa place, scientifiquement (à l’exclusion des rares occasions où l’auteure, en s'adressant directement au lecteur enfreint cette cohérence magistrale).

Et cela est vrai, aussi bien dans les descriptions intimistes de ses déambulations oniriques dans les rues de Turin ou de Milan, dans un présent intemporel, où le regard s'attarde sur des détails vite engloutis par le flot des souvenirs, que dans les reconstitutions des faits d'armes des années tragiques dont le livre nous parle.

Barone applique la même précision et la même mesure à la narration de l'histoire, faisant revivre les années soixante-dix avec toutes leurs contradictions, sans exaltation et sans dissimulation, avec un regard compatissant pour les victimes innocentes, avec ironie pour les excès et blâme retenu pour les dérives délirantes, avec nostalgie pour les espoirs déçus, avec compréhension pour les raisons et les torts. Et c'est ce qui en fait une lecture si passionnante, car il ne s'agit pas ici d'un livre d'histoire, même s'il s'appuie à l'évidence sur de rigoureuses recherches d'archives, mais d'une tentative de combler une absence, de donner corps à un fantôme.

Ainsi le fantôme du père finit par se matérialiser sous nos yeux, grâce aux photos récupérées au fond de tiroirs fermés depuis longtemps, aux dépêches de journaux enfouis dans des archives poussiéreuses, aux paroles d'anciens amis et d'anciens amants à la mémoire incertaine, aux souvenirs arrachés avec peine aux brumes de l'oubli.

Chaque tesselle du mosaïque retrouve sa place et en reconstruisant la vie de son père, l’auteure semble pouvoir enfin retrouver le sens de la sienne. "La cité engloutie" est la réponse à un désir impérieux et profond mais condamné à rester inassouvi, celui de dire les mots jamais dits, celui de donner les caresses jamais données.

Informations pratiques
  • Marta Barone, Cité engloutie, traduit de l'italien par Nathalie Bauer, Grasset, 24 €

Vous pouvez commander ce livre, en italien ou en français, sur le site de La LIbreria