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Publié le samedi, 8 février 2020 à 10h39

Bela Lugosi, biographie de l'acteur par Edgardo Franzosini

Par Riccardo Borghesi

Bela Lugosi - couverture

Bela Lugosi's dead Undead, undead, undead (Bauhaus, 1982)

La première chose qui m'est venue à l'esprit en abordant ce livret agile et singulier, est l'homonyme chanson des Bauhaus. Seulement après j'ai remarqué que la date de l'édition italienne tombait dans la même décennie (1989) que la chanson. Ce sont les années gothiques de la scène underground qui ont ressuscité la figure de Lugosi. Rien n'arrive par accident.

Le texte du beau morceau des Bauhaus parle justement de la mort de Bela Lugosi, l'acteur qui incarna Dracula avec une telle intensité qu'il n'arriva plus à se débarrasser du personnage, jusqu'à s'en identifier dans le délire sénescent de la mort: "Je suis le comte Dracula, je suis immortel ".

Cependant, si les gothiques ont pris cela relativement au sérieux, Franzosini aborde l'histoire avec un esprit antithétique. Lugosi n'est pas pour lui un héros ou un mythe dont il faut transmettre les exploits dans une biographie hagiographique. Lugosi est un pauvre diable (un pauvre vampire), un phénomène à étudier, un effet secondaire de son propre contexte.

Avec un regard ironique mais compatissant, Franzosini retrace la trajectoire parabolique de Lugosi depuis ses modestes origines hongroises, en passant par le succès hollywoodien, jusqu'au déclin pathétique de la marginalité cinématographique et du délire vampirique.
L’écriture de Franzosini est svelte, élégante, dense, riche d’une capacité synthétique étourdissante. À son passage, il détruit des mythes et décrit des mondes avec l’agilité et la rapidité du fleuret. Des siècles de croyances sont magistralement résumés en quelques pages, et l'histoire de la première moitié des années 1900 passe sous nos yeux comme par la fenêtre d'un train en marche.

C'est un livre d'une densité rare, riche en histoires, anecdotes et citations, dans lequel Lugosi n'est que l'élément central d'un vaste paysage. Mais aussi un livre très amusant, quand il évoque les faiblesses et les goûts douteux d'un personnage à l'époque vu comme un mythe. Mais s'il y a un épisode qui catalyse l'attention dans la vie de Lugosi, c'est paradoxalement sa mort.

La fin vampirique de Bela Lugosi pour Franzosini est la métaphore parfaite du pouvoir évocateur du cinéma, phénomène capable de vampiriser les vies des acteurs pour les rendre illusoirement immortels en les remplaçant par leur propre simulacre. Comme ceux du Fugitif et de Faustine dans "L'Invention de Morel".

Informations pratiques

Edgardo Franzosini, Bela Lugosi, Baconnnière, 14 €
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