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Publié le jeudi, 6 juin 2019 à 09h47

Baiser Féroce, roman de Roberto Saviano

Par Deborah D'Aietti

Baiser Féroce - couverture

Roberto Saviano poursuit son immersion au cœur des baby-gangs napolitains dans Baiser Féroce. Piranhas, paru aux éditions Gallimard il y a quelques mois racontait les prémices de l’ascension d’un groupe de jeunes adolescents dans la criminalité napolitaine. Après les évènements tragiques qui ont conduit à la mort de son petit frère Christian, Nicolas Fiorillo, alias Maharaja, chef de la paranza, est prêt à se venger. Inévitablement, il faut conclure des alliances avec les vieilles figures de la camorra tout en continuant à régner sur le quartier de Forcella et à gagner son autonomie. Mais attention au rythme effréné de cette course au pouvoir : le succès peut vite se transformer en tragédie.

Le titre parait prophétique : Baiser Féroce est un oxymore, considéré comme « inclassable » dès l’ouverture du roman. « Ils peuvent sceller le silence, souligner des promesses, prononcer des condamnations ou déclarer des équipements ». Il s’agit d’un code, un rite lourd de sens pouvant annoncer le meilleur comme le pire pour celui qui le reçoit. C’est une image très forte et qui se produira à deux moments clé dans l’intrigue.

Baiser Féroce s’inscrit dans la continuité de Piranhas aussi bien stylistiquement que narrativement, confirmant ainsi le talent de romancier de Roberto Saviano, que l’on connaît mieux pour ses investigations. La variation des niveaux de langue permet de mieux ancrer ces jeunes personnages dans leur milieu social. Ainsi, les dialogues très familiers sont contrebalancés par l’ouverture de chacune des trois parties du roman où les puissants concepts du récit sont évoqués : les baisers, les créatures et l’éducation échouée et impuissante.

De nombreuses parties du récit se font écho entre les deux romans. Alors que Piranhas s’ouvrait sur une scène d’humiliation scatologique, Baiser Féroce commence par une scène d’une violence abjecte : la projection d’un homicide volontaire sur un nouveau-né.
Le rôle de Maharaja a aussi évolué socialement puisqu’il suscite désormais l’admiration de plusieurs jeunes adolescents, à l’image de Risvoltino et de ses camarades, venus faire les serveurs lors de son anniversaire. On se souvient que Nicolas Fiorillo a lui aussi porté des plateaux lors du mariage de l’un des chefs les plus influents de Naples.

Règlements de compte, scènes de torture et même combats de chiens…retenons que la violence et la brutalité, atteintes à leur paroxysme dans ce roman, ne sont jamais gratuites mais font sens. Roberto Saviano explore le réel à travers l’écriture. Ses deux romans relèvent de la littérature non-fictionnelle, celle qui utilise la réalité comme matière pour la création littéraire. L’histoire parait plus vraie que nature et percute nos consciences. Lire Roberto Saviano, c’est se confronter à une réalité cachée. Et pour nous lecteurs, en parler, c’est s’engager.

Informations pratiques

Roberto Saviano, Baiser Féroce, Editions Gallimard, traduit de l’italien par Vincent Raynaud, 22 €
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