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Publié le dimanche, 7 juillet 2019 à 10h11

Nouvelles triestines, sept récits de Giorgio Pressburger

Par Deborah D'Aietti

Nouvelles triestines - couverture

Nouvelles triestines présente sept récits courts mais denses, ayant pour dénominateur commun la ville de Trieste. Triestin d’adoption, Giorgio Pressburger propose à travers ces nouvelles un parcours à la fois imaginaire et philosophique de la via Brunner au Café Tommaseo en passant par Opicina jusquà la via Rismondo.

Bercée par le souffle de la Bora, Trieste est une ville résolument artistique et littéraire : d’illustres auteurs y ont vécu comme Italo Svevo, Umberto Saba ou James Joyce. Giorgio Pressburger confirme cette tradition artistique avec les différents personnages de ces sept nouvelles, comme annoncé dès l’avant-propos : « Parmi les nombreuses histoires que j’ai entendues, celles que vous lirez ici mettent souvent en scène des personnages qui ont des velléités artistiques. C’est très fréquent dans notre ville (…)  il y a ceux qui écrivent des poèmes, ceux qui peignent, ceux qui collectionnent des tableaux, ceux qui prennent des leçons de chant… ».

Giorgio Pressburger pose un univers singulier avec des personnages en quête de liberté, de confusion, de vengeance et plus encore, de sens : un vieil ingénieur faisant le deuil de son neveu alors qu’il était le dernier héritier de la famille, un homme encore bien trop materné connaissant l’amour avec sa domestique, une femme fort apprêtée et remarquable pour les habitués d’un café, une épouse trompée décidée à punir son homme infidèle… Chacun est confronté à son destin, un cheminement presque fataliste qui résonne au lecteur comme le reflet de la vanité du monde.
Et quelle meilleure ville que Trieste pour être le théâtre de ces troublantes intrigues : « c’est justement l’un des aspects les plus fascinants de Trieste : elle est elle-même un monument à la discrète, paresseuse, turbulente, malheureuse et joyeuse humanité ».

La disparition revient de nouvelle en nouvelle, tantôt par la mort, tantôt par l’oubli. Le poids et la gravité du récit sont souvent compensés par une prose ironique. La voix singulière du narrateur externe à l’histoire confère au récit une tonalité spécifique et l’inscrit dans une perpétuelle mise en cause. On note une introspection sur la narration : « Si vous étiez auteur, comme vous l’êtes, car le lecteur l’est au même titre que l’écrivain, quelle suite donneriez-vous à cette histoire ? ».

Bien que très court, le recueil des Nouvelles triestines offre une lecture riche avec une conclusion spirituelle. Chaïm Vivante, personnage de la dernière nouvelle, chérit et se remémore le texte sur la libération du peuple juif, lu pendant la Pâque juive : « une fois par an, au printemps, il racontait et chantait cette histoire dans le cercle de ses connaissances. Toujours la même histoire, la même narration. Qui avait écrit ce récit ? A qui appartient le livre ? Mais était-ce toujours la même histoire ? ». La lecture est alors une forme de rite initiatique que l’on se transmet au fil du temps pour parvenir à « la génération heureuse » (titre de l’ultime nouvelle). Cette conclusion du recueil est une mise en abyme de l’œuvre comme reflet de notre existence et de nos actions : lire et transmettre pour se sentir toujours plus vivant.

Informations pratiques

Giorgio Pressburger, Nouvelles triestines, éditions Actes Sud, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli.
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