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Publié le lundi, 15 mars 2021 à 09h49

Napoli mon amour, roman d'Alessio Forgione

Par Deborah D'Aietti

Napoli mon amour - couverture

Vendu à plus de dix mille exemplaires en Italie, Napoli mon amour est le premier roman d’Alessio Forgione. Cet écrivain prometteur met en lumière le parcours d’un jeune napolitain désœuvré avec pureté et poésie.

Amoresano a bientôt trente ans et vit à Naples chez ses parents. Sans emploi, il n’a pas encore trouvé sa place dans le monde. Ses journées passent lentement, entre les repas avec ses parents, ses sorties avec son ami Russo, les matchs du Napoli et quelques épisodes de la série The Wire. Après un énième entretien grotesque, il décide de dépenser toutes ses économies et d’en finir. Le compte à rebours est lancé : chaque euro dépensé le rapproche un peu plus près des abîmes. Tout ce qu’il dépense est comptabilisé : une bière, un paquet de pâtes, des billets de train... Puis il rencontre par hasard Nina, qui ravive ses désirs, lui apporte une fraîcheur et une énergie. Le voilà prêt de nouveau à vivre, écrire et être heureux.
Encouragé par Nina, Amoresano réussit même à rencontrer son idole littéraire Raffaele La Capria, à qui il présente ses textes. Mais l'amour est source de dispersion : l’amour l’épuise, lui et son compte en banque. Les désirs et les espoirs redécouverts d’une vie différente disparaissent peu à peu.

Alessio Forgione raconte l'histoire d'une Naples sensuellement grisâtre, cendrée comme la ville d’Hiroshima dans Hiroshima mon amour, que le jeune couple va voir au cinéma. Naples, c’est la terre de naissance et de fardeau d’Amoresano, qui le laisse dans un statu quo inévitable : « je pensai que je n’avais jamais vraiment envisagé de partir. Que j’avais essayé de semer des choses, de les faire grandir pour grandir avec elles comme si elles poussaient sous mes pieds, mais que depuis bien longtemps, trop longtemps, tout était bloqué. L’idée que j’étais peut-être resté assis sur le bord de la route en attendant que les choses se passent ou que quelqu’un s’arrête pour me recueillir me terrifia ». La ville est au cœur du roman : chaque chapitre correspond à une zone de Naples, de la via Giustiniano jusqu’à l’île de Gaiola, désignant le parcours initiatique d’Amoresano.

Avec un langage à la fois précis et pressant, entremêlé de tendresse, Alessio Forgione signe un roman de formation à la fois lucide, fiévreux et résigné. L’intrigue a le rythme d'une course entre les lois douces-amères de la vie et le clair-obscur de l'innocence. Le personnage principal est lui-même un auteur en plein apprentissage, dont l’ambivalence est soulignée par La Capria, son mentor surprise. Amoresano est doté d’un pouvoir d’observation sensible et saisissant, dans lequel il s’implique plus qu’il n’en faut : « Vous avez un style, Amoresano (…) et chose encore plus rare, vous avez une voix. Qu’est-ce qu’un bon narrateur sinon une voix qui nous murmure à l’oreille ? Et vous, cette voix, vous l’avez. (…) La seule chose qui ne m’a pas convaincu, c’est que vous êtes trop immergé dans l’histoire. Trop ! Vous ne la laissez jamais respirer. Et ça c’est une erreur, car la narration a un moment où elle avance et un moment où elle contemple ce qui s’est passé ».

Amoresano est finalement l’exemple d’une jeunesse italienne oubliée, qui a du mal à se positionner économiquement et socialement. Une lueur d’espoir se trouve dans la pugnacité de Nina, qui, à peine entrée dans la vingtaine, s’engage dans un programme Erasmus. Peu importe l’amour, Nina tourne son regard vers l’étranger et les perspectives d’un futur plus optimiste. L’Europe est-elle alors la promesse d’un avenir meilleur ?
Le roman témoigne, avec un style éblouissant, jusqu’au bout, combien cet espoir n’est plus offert qu’à une poignée de jeunes Italiens. Ailleurs.

Informations pratiques
  • Alessio Forgione, Napoli mon amour, traduit de l’italien par Lise Caillat, éditions Denoël, 14,99 €

Vous pouvez commander ce livre, en italien ou en français, sur le site de La LIbreria