cinéma

Publié le lundi, 18 novembre 2019 à 09h43

Mini rétrospective Dino Risi : Âmes perdues (Anima Persa)

Par Valérie Mochi

Catherine Deneuve et Vittorio Gassman dans  une scène du film Âmes perdues

A compter du 27 novembre 2019 commencera une mini rétrospective Dino Risi, une sélection de ses films des années 70 restaurés 4K, organisée par la société de distribution Les Acacias et projetés au cinéma Reflet Médicis. Âmes perdues (Anima Persa) et La carrière d’une femme de chambre (Telefoni Bianchi) sont les deux premiers films proposés pour cette fin d’année, les prochains en 2020 seront Sexe fou (Sessomatto) et Dernier amour (Primo amore).

Le film est tiré du roman Un anima persa de Giovanni Arpino, auteur dont Risi avait adapté le célèbre Parfum de Femme deux ans plus tôt avec l’extraordinaire acteur et fidèle compagnon de jeux, Vittorio Gassman. Ils tourneront une quinzaine de films ensemble, une complicité de plus de 30 ans avec L’homme aux cents visages (Il Mattatore) 1959, Le Fanfaron (Il Sorpasso), La Marche sur Rome (La Marcia su Roma), Les Monstres (I Mostri), … Au nom du peuple italien (In nome del popolo italiano), et La carrière d’une femme de chambre (Telefoni Bianchi) jusqu’à Valse d'amour (Tolgo il disturbo) en 1990 qui traite encore de la folie.

Un jeune homme, Tino, interprété par Danilo Mattei, venu étudier la peinture à Venise, est logé dans l’étrange demeure de son oncle Fabio Stolz, Vittorio Gassman, et de sa jeune épouse Elisa Stolz, Catherine Deneuve. L’oncle est un homme sévère qui cherche à dominer tout le monde, surtout sa femme. Tino, lui, s’éprend de Lucia, Anicée Alvina, une jeune et jolie modèle qui pose nue dans ses cours d’art. Se débattant seul avec les mystères de la maison, il entraîne Lucia dans ses explorations, des bruits étranges, des cris, un air de piano. Tino finit par découvrir qu’un autre membre de la famille, devenu fou, vit secrètement enfermé dans une pièce de la villa…

Tourné dans le somptueux palais Fortuny de Venise, c’est une villa immense et décrépie qui occupe le centre du récit, magnifiquement photographiée par le célèbre Tonino Delli Colli. Des couloirs sombres, un théâtre délabré, des pièces condamnées et un escalier interdit renforcent la sensation de claustrophobie, la musique, les bruits et les cris font monter l’angoisse. Le film a tout les ingrédients du thriller, atmosphère mélancolique et mystérieuse, enfermement, folie. Les sensations deviennent presque olfactives, on sent les eaux croupies de la lagune, la cire des vieux meubles, la poussière séculaire du palais, l’amidon du repassage (interprétation subtilement inquiétante d’Esther Carloni pour le personnage de la vieille bonne Annetta).

De temps en temps, une fugace bouffée d’air est concédée au spectateur, mais aussitôt étouffée : les sorties du jeune Tino vers son école d’art pour rejoindre son amoureuse sans réussir à la séduire, les promenades en bateau de Tino et son oncle dans la lagune, aux abords d’une île peuplée de fous ou autour de la carcasse d’un cargot rouillé et enfin, les propositions de promenade à sa jeune et migraineuse épouse qui se transforment en fausses joies lorsque l’oncle décide qu’il fait trop humide et qu’elle ne sortira pas.

Une Venise fantomatique et décadente, où l’amour de Fabio et Elisa aura autrefois été éclatant et dont il ne reste qu’un parfum âcre et décalé. Le couple Gassman/Deneuve est en parfaite opposition/unisson, un rôle où Gassman explose, visage impassible ou déformé par la folie, il est l’angoisse personnifiée, tandis que Deneuve lui fait face avec pâleur, douceur et obéissance, semblable à l’un de ses personnages à la Buñuel. Tino est l’agent trouble, le spectateur, le voyeur de cette relation étrange, innocent et décalé lui aussi, en costume cravate alors que ses collègues d’école sont des hippies aux cheveux longs. L’oncle ne se privera pas de les critiquer et même de leur tirer les cheveux.

Car les réflexions sarcastiques fusent, prononcées aussi bien par Gassman que par des seconds rôles truculents, le prof de peinture Versatti, Gino Cavalieri, ou le duc Michele Capnist. Dino Risi, fidèle à lui même, réussit à semer tout au long de son film des phrases moqueuses et ironiques. Loin de ses comédies à l’italienne, Ames perdues est un film d’horreur gothique ou un thriller psychologique, un giallo, il n’appartient pas vraiment à un genre défini, et c’est sans doute ce qui lui permet de rester intemporel comme le disait D. Risi :

« Je me suis mesuré, avec Ames perdues », précise-t-il, « à un genre classique du cinématographe, celui du thriller, mais il ne s’agit pas ici d’un traditionnel film à suspense. Ici, il y a quelque chose de plus (du moins, j’espère que les spectateurs le percevront) : un sentiment d’inquiétude, de peur, d’angoisse, qui est assez répandu de nos jours. Et même si le film a une apparence assez ancienne, c’est un film qui a l’air d’être hors du temps, je pense que l’angoisse, la peur qu’il communique, l’inquiétude qui le parcourt, sont typiques de notre époque. »

A suivre : La Carrière d’une femme de chambre (Telefoni Bianchi) de 1976

Informations pratiques
  • Cinéma Reflet Médicis
  • 3, rue Champollion - 75005 Paris
  • A partir du 27 novembre 2019

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