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Publié le samedi, 26 mai 2018 à 10h25

La Comédie de Dante selon Kolja Micevic

Par Riccardo Borghesi

La Comédie de Dante, selon Kolja Micevic - couverture

Pour commenter en sérénité une traduction de la Divine Comédie de Dante, il faudrait être "Dantologue". Et le statut de dantologue ne peut être usurpé, comme je le fais en ce moment, sans s'exposer au risque du ridicule. Le dantologue est une profession, mais aussi une mission, une sorte de sacerdoce (pensez à la cérémonie séculaire mais toujours vivante de la "Lectura Dantis"). Le dantologue connaît les centaines de versions qui ont précédé celle dont accidentellement il s'occupe. Il connaît par cœur la Comédie, il a la paraphrase instantanée de chacun de ses vers. Il connaît histoires et personnages, aussi mineurs soient-ils, du XIVeme siècle italien, comme nous connaissons hélas les exploits de Berlusconi, Salvini et Di Maio. Il peut dire d'un coup d'œil s'il y a une trace de malentendu ou de liberté excessive dans la traduction d'un vers.

Je me demande si un vrai dantologue pourrait accepter l'idée même d'une Divine Comédie traduite.
Comme vous l'aurez compris, je ne suis pas un dantologue. J'ai avec la Comédie, comme tous les Italiens, une lointaine habitude scolaire. Cela la place à un niveau de perception pré-conscient, comme si ses vers avaient toujours fait partie du subconscient, héritage génétique transmis par les ancêtres.

Déjà dans la présentation, Kolja Micevic (poète et traducteur, serbe de naissance et français d'adoption - mais qui, s'il existait, mériterait aussi la nationalité toscane-) indique la mission de cette traduction, du travail d'une vie, dans la nécessité de sauvegarder le rythme de la tierce rime. Pour en communiquer la couleur, le son et le goût à ceux qui ne peuvent pas accéder au texte original, en s'accordant la liberté nécessaire sur le contenu, cependant très bien respecté.

Alors j'ai abordé ce livre avec une lecture d'instinct, la seule que je pouvais me permettre, de celles qui n'analysent pas le texte mais qui se laissent emporter par le rythme des vers, par le plaisir de redécouvrir l'écho d'impressions déjà vécues. Et cette familiarité recréée, avec habileté et élégance, cette musicalité retrouvée, est sûrement la force du travail de Micevic.

Il est clair qu'une entreprise de ce type oblige à des compromis inévitables, comme il est clair que dans la traduction on perd le goût aigre et coloré du Toscan du XIVeme. Mais il est également évident qu'une opération honnête et sincère comme celle-ci ne peut que bénéficier à la diffusion et à la connaissance d'un des textes fondateurs de la culture italienne et européenne moderne, et il faut lui en rendre hommage.

La très belle édition, sobre et élégante, est illustrée par les gravures tout aussi admirables de Vladimir Velickovic, qui m'ont rappelé le Zoran Music des touchants "dessins de Dachau".

Informations pratiques

Comédie de Dante, trad. Kolja Micevic, Éditions Ésopie, 45 €
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