cinéma

Publié le lundi, 8 novembre 2021 à 09h45

La bataille d'Alger et Queimada de Gillo Pontecorvo sortent en DVD

Par Valérie Mochi

Ils y ont cru - couverture

Gillo Pontecorvo a réalisé peu de films pour le cinéma, il est surtout documentariste et lorsqu’il met en scène La Bataille d’Alger (La battaglia di Algeri), Queimada et ses autres films Un dénommé Squarcio (La grande strada azzurra), Kapò et Ogro, il réalise des œuvres de fiction très proches du documentaire. Des œuvres militantes, Pontecorvo est communiste, des films réalistes à la gloire de peuples en révolte, les Algériens en 1957 La Bataille d’Alger (La battaglia di Algeri), les Haïtiens en 1844 Queimada. Réalistes mais tout le contraire de minimalistes, Pontecorvo pour ses deux films, rythme ses tournages avec la musique de Ennio Morricone, reconstitue des décors, organise des scènes de combat, dirige des milliers de figurants, et une star Marlon Brando pour Queimada.

Evaristo Márquez lui donne la réplique, un non acteur qui commence avec un premier rôle, un Colombien d’origine africaine qui ne connaissait rien du cinéma avant de rencontrer Pontecorvo. Dans le film, il est José Dolores, un personnage ayant réellement existé, un révolutionnaire nicaraguéen qui s’est battu contre le flibustier américain William Walker, dont Brando porte le nom dans le film. Mais pour le récit transposé dans les Caraïbes, ils changent de nationalité, José Dolores est un esclave dans une île imaginaire et William Walker, un espion anglais chargé de récupérer le commerce de la canne à sucre pour le royaume d’Angleterre. A l’époque ce sont les Portugais qui gouvernent l’île de Queimada. Walker incitera Dolores à devenir un chef pour sa communauté et à se rebeller contre le pouvoir.
En portugais Queimada signifie « brûlée », car l’île est souvent mise à feu et à sang. Le Q de Queimada est l’occasion d’un magnifique générique, jeu de typographie qui apparaît en mouvement dans les images, surimpressions animées, trainées de sang, légèrement kitsch mais digne des meilleurs effets vidéo et surtout remarquable quand on sait que tout est pensé pour la pellicule.

Brando, flamboyant est à son apogée, deux ans avant il tenait le rôle titre dans La comtesse de Hong-Kong (A Countess from Hong Kong) face à Sofia Loren et dans Reflets dans un oeil d'or (Reflections in a Golden Eye) avec Liz Taylor. Trois ans plus tard il tournera Le Parrain (Il Padrino) et Le Dernier tango (L’ultimo tango a Parigi). Il déclarera que Queimada est son meilleur travail d’acteur. Sans doute aussi car le film est proche de son engagement, Brando n’est pas communiste, il réfute toute appartenance à un parti politique mais il est présent dans les luttes contre la discrimination, aux côtés des noirs et des indiens, tandis que Pontecorvo ne cache pas son engagement politique. Queimada les rassemblent, ils s’entendent sur l’objectif final, mais leur relation pendant le tournage est conflictuelle, l’ambiance est explosive, l’un travaille sur la base de l’Actor Studio et l’autre, proche du néo réalisme, cherche à éviter au maximum le jeu d’acteur. A la fin encore une fois les chemins diffèrent, mais le but est commun, la même recherche de la vérité au cinéma.

Dénonciation appuyée des régimes colonialistes, Queimada est un film violent partagé entre les scènes de guerre, les massacres, les tortures, les tirades politiques et les danses vaudou, des plans proches du cinéma ethnographique, à l’inverse des reconstitutions en costumes et hautes en couleurs, parfois comiques, de la vie de la bourgeoisie portugaise. Renato Salvatori en fait les frais, grimé à outrance pour ressembler à un métis falot.

La bataille d’Alger (La battaglia di Algeri), en noir et blanc, sobre, est à l’opposé formellement de Queimada tout en dénonçant les mêmes atrocités exercées sur les populations défavorisées mais prêtes à combattre. Il retrace la lutte en 1957 pour le contrôle de la Casbah d’Alger entre les parachutistes du général Massu et les réseaux FLN, le film le plus célèbre de Pontecorvo. Tourné à Alger sur les lieux mêmes de la Bataille d’Alger y compris dans les anciens quartiers généraux des forces françaises dont les décors parfois délabrés sont reconstitués sur place. L’objectif : retracer la géographie exacte des événements. Dans la Casbah, les rues sont si étroites que seules les caméras à l’épaule peuvent être utilisées. De cette contrainte naît le style très documentaire du film.

En 1964, l’Algérie a gagné son indépendance, Saadi Yacef, ancien membre de l'Armée de Libération Nationale (ALN), la branche armée du FLN, qui s’est battu pour libérer son pays, vient de créer Casbah Films. Il veut mettre sur pied un film retraçant ces années de lutte. Il monte une coproduction entre l’Algérie et l’Italie et Pontecorvo sera le réalisateur.

Celui-ci accepte à condition d’avoir une autonomie de point de vue et une totale liberté artistique. Pontecorvo avait déjà préparé un projet de film dès 1963 avec Franco Solinas, auteur et scénariste dont Pontecorvo adapte le premier roman, Un dénommé Squarcio (La grande strada azzurra), avec Alida Valli et Yves Montand, puis , ils collaborent pour Kapò, nommé aux Oscar, avec Susan Strasberg, Laurent Terzieff et Emmanuelle Riva. Un film controversé, malmené par la critique, (en particulier Jacques Rivette qui ne tolère pas l’esthétisme dans un film sur les camps de la mort). Ensemble ils écriront aussi Queimada.

Pour la Bataille d’Alger, Gillo Pontecorvo et Franco Solinas se plongent durant des mois dans des recherches intensives : ils fouillent les archives de police, relisent la presse de l’époque, interrogent aussi bien des vétérans des troupes françaises que des révolutionnaires algériens. À tout cela s’ajoutent les propres souvenirs de Saadi Yacef, qu’il a couchés sur papier en prison, après avoir été arrêté par les Français. Pas de star dans ce film, un acteur français de théâtre, Jean Martin qui interprète le Colonel Mathieu, Saadi Yacef qui y jouera son propre rôle ainsi que des anciens combattants algériens et des milliers de figurants, hommes, femmes et enfants de la Casbah, qui sont réunis pour les scènes de foule.

Pour le rôle d’Ali-La-Pointe, le chef de la guérilla urbaine, Gillo Pontecorvo a découvert Brahim Haggiag, un paysan illettré, sur un marché à Alger, point commun avec Queimada et Evaristo Márquez.

La Bataille d'Alger sort en 1965 en Italie, trois ans après la fin de la guerre d'Algérie, la France n’est pas prête, la délégation française boycotte la présentation de La Bataille d’Alger au festival de Venise – ce qui ne l’empêche pas de repartir avec le Lion d’Or... Le gouvernement interdit la sortie du film en France. Trois nominations aux Oscars (meilleur film étranger, meilleur réalisateur et meilleur scénario) n’y changent rien. Ce n’est qu’en 1971 que le film obtient son visa d’exploitation en France. Mais à la suite de pressions politiques et de menaces de bombes, il est très vite retiré des écrans. En revanche au États-Unis, dès les années 70 des militants Black Panthers américains sont arrêtés pour possession de copies La Bataille d'Alger (se transformant en pièce à conviction), accusés par le Fbi de l’utiliser comme modèle de guérilla à NewYork, tandis que les formations militaires l’utilisent en France comme aux États-Unis pour visualiser les méthodes de lutte contre les insurrections. Il ne sortira « en sécurité » sur les écrans français qu’en 2004.

Le film est tellement proche de la réalité que Houari Boumediène profite de l’organisation de manœuvres de chars pendant le tournage pour déclencher un coup d’Etat et destituer Ahmed Ben Bella. Autre événement tragique qui décrit parfaitement l’imbrication du tournage avec le réel, des jeunes communistes et artistes sont embarqués alors qu’ils allaient être recrutés pour jouer le rôle de jeunes militants algériens torturés par l’armée coloniale française. Arrêtés, ils seront réellement envoyés dans les geôles de la Sécurité militaire pour être torturés.

La Bataille d'Alger et Queimada dénoncent tous deux le colonialisme, l’impérialisme et les tortures, ils sont des modèles de représentation de la révolution de peuples opprimés et aussi de leur manipulation. Surtout ils montrent le courage des peuples en lutte, des révolutionnaires. Vision politique soixante-huitarde dépassée, reprocheront certains, modèle gestion des conflits apprécieront d’autres, un cinéma militant qui ne laisse pas indifférent.

La Bataille d’Alger (La battaglia di Algieri) COMBO BLU-RAY™ et DVD N°40 de la collection Make My Day ! Inclus une préface de Jean-Baptiste Thoret et de nombreux bonus.

Queimada 2 DVD et édition 2 Blu-ray. La version standard (1h50, français - anglais) et la version longue inédite (2h09) suppléments et interview de Gillo Pontecorvo

La bataille d'Alger et Queimada de Gillo Pontecorvo sortie en DVD et Blu Ray

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