cinéma

Publié le dimanche, 16 septembre 2018 à 10h13

Il était une fois Sergio Leone. Exposition et rétrospective à la Cinémathèque française

Par Stefano Palombari

Clint Eastwood dans le film de Sergio Leone Pour une poignée de dollar

La Cinémathèque française de Paris organise à partir du 10 octobre une exposition accompagnée d'une rétrospective consacrée à l'immense Sergio Leone. En présentant notre coupon vous aurez droit à une réduction sur les deux événements. Si l'expo se poursuivra jusqu'au mois de janvier 2019, la rétrospective s’achèvera le 24 novembre 2018. Aux 8 films cultes réalisés par Leone s’ajoutent une programmation Sergio Leone réalisateur de seconde équipe, Leone producteur et un programme de conférences.

Du Bon, La Brute et le Truand à Il était une fois en Amérique, l’exposition propose un voyage immersif dans l’univers de ce narrateur formidable, révélant les secrets de fabrication de ses films cultes, ses inspirations, mais aussi des aspects plus méconnus de sa personnalité et de sa formation. Un parcours instructif et ludique pour combler ceux qui découvriront Sergio Leone et surprendre ceux qui croient déjà le connaître… Une exposition conçue par La Cinémathèque française, en coproduction avec La Cineteca di Bologna.

Exposer Sergio Leone, sa vie et ses films inextricablement liés, c'est éprouver la formidable puissance d'un imaginaire cinématographique et suivre le destin d'un petit Romain du Trastevere qui aura beaucoup joué aux cowboys et aux Indiens avant de transformer les règles et les codes du western pour conquérir le vaste monde.

Genre donné pour mort dès le début des années 1960, passé avec armes et bagages à la télévision sous une forme appauvrie et sérielle, le western, autrefois « le cinéma américain par excellence » (pour reprendre le titre d'un célèbre article d'André Bazin), ne survivait que dans les rêves de ses adorateurs des salles de quartier et des cours de récréation.

Sergio Leone était de ceux-là et il le restera toute sa vie, même après les triomphes commerciaux, encore capable de demander à un Bernardo Bertolucci éberlué par tant de naïveté et de « premier degré », pendant le premier travail de défrichage du scénario d'Il était une fois dans l'Ouest (1968), comment dégainait-il, quand il était petit, son revolver-jouet, mimant les gestes de l'enfance : plutôt comme ci ou plutôt comme ça ? Bertolucci se demandait si Leone plaisantait, se moquait de lui ou s'il était un peu idiot, un peu simple.

Cet étonnant mélange de croyance enfantine préservée et du très efficace savoir-faire d'un pur produit des studios de Hollywood-sur-Tibre est l'une des grandes contradictions leoniennes, mais aussi l'un des secrets de sa geste de cinéaste : Leone ne parodie pas le western, il ne s'en moque pas, le prend au contraire terriblement au sérieux et le réinvente patiemment, avec une ambition de plus en plus haute à chaque étape, parce qu'il en a besoin pour affirmer une écriture faite de défroques et de figures, une écriture qui se déploie seulement dans le fantasme, au pays de l'imaginaire.

Hâtivement qualifiés de « spaghetti » par des critiques désorientés et orphelins de leur propre enfance, ses westerns ne sont pourtant pas d'opérette et Leone n'aura de cesse de nourrir l'épure de Pour une poignée de dollars (1964), empruntée à Dashiell Hammett (La Moisson rouge) via Kurosawa (Yojimbo), d'une sorte de réalisme empirique et géographique – où le tournage espagnol conduit fatalement à la frontière mexicaine et au poncho de Clint Eastwood –, fait d'effets de réel inédits et outrés (la crasse, la bêtise, la violence) et d'anecdotes historiques encore peu traitées (les bounty killers de Pour quelques dollars de plus, 1965 ; la prison - camp de concentration d'Andersonville du Bon, la brute et le truand, 1966). À chaque nouveau film, le succès et les moyens aidant à l'ambition, Leone rajoute des couches de sens, d'Histoire et de références culturelles. Comme s'il lui fallait, après avoir revivifié et restitué à l'imaginaire collectif un genre à l'agonie, le rendre enfin sur-conscient de lui-même et capable de charrier un véritable torrent réflexif et critique.

Sous Leone, le western renoue avec le lyrisme, celui de ses origines, mais il ne sera plus ni mensonger, ni révisionniste. L'Histoire a été écrite, la légende maintes fois imprimée, et la contre-Histoire aussi : plus personne ne peut ignorer que cette nation a été bâtie sur un cimetière d'Indiens et il ne restera bientôt plus rien à démythifier – surtout après Arthur Penn (Little Big Man) et Ralph Nelson (Soldat bleu), qui interviennent tous deux en 1970, un an après Il était une fois dans l'Ouest, comme des réponses « de gauche » et anti-Vietnam à un film volontiers mythologique, que les Américains n'ont pas voulu voir tant ils étaient déjà passés massivement à la contre-culture et au dégoût d'eux-mêmes, alors que Leone se vautrait dans sa rêverie fordienne et ne finissait pas d'en jouir, encore et encore, jamais rassasié.

Les textes ci-dessus sont de Frédéric Bonnaud, extraits de La Révolution Sergio Leone, catalogue de l'exposition Il était une fois Sergio Leone

Informations pratiques
  • La Cinémathèque française
  • 51 Rue de Bercy - 75012 Paris
  • Du 10 octobre 2018 au 27 janvier 2019

Tarif préférentiel 4€ la place de cinéma au lieu de 7€ et un billet offert pour une billet acheté (11€) pour l'expo du 10 octobre au 30 novembre sur présentation du coupon L’Italie à paris