cinéma

Publié le lundi, 4 octobre 2021 à 13h39

Fatima, film de Marco Pontercorvo

Par Valérie Mochi

Une scène du film Fatima de Marco Pontecorvo

Fatima raconte l’histoire de trois petits bergers portugais, Lucia dos Santos, âgée de dix ans, et ses cousins Francisco (9 ans) et Jacinta Marto (7 ans). En 1917, ils croient avoir vu les apparitions mystérieuses d’une « belle dame » finalement identifiée par l’Église comme la Vierge Marie, la mère de Dieu. L’un des principaux messages que les enfants ont reçus est un appel à prier pour la paix. A cette époque, le Portugal est plongé dans la Première Guerre mondiale et la violence est à son paroxysme en Europe. Les enfants sont alors chargés de transmettre le message de la Vierge Marie à tout le peuple Portugais pour qu’ils se détournent du mal, se convertissent et reviennent à Dieu. Comme le révèle le film, les enfants ont subi de nombreuses épreuves à cause de leurs visions mystiques. Ils ont été accusés de mentir sur les apparitions, aussi bien par leurs parents que par les autorités de l’Église et le maire de la ville. Ils résistent et ne changent pas leur version, ils ont la foi, ce sont des « voyants ». Au fur et à mesure des apparitions, la foule des pèlerins, qui espère surtout de l’aide, des miracles, n’en finit pas de grandir. Au moment du « miracle du soleil » ils sont plus de 70000 et de nombreux témoignages des présents attestent de ce phénomène surnaturel.

Marco Pontecorvo, le réalisateur, ne prend pas parti, miracle, supercherie ou diablerie il laisse le choix au spectateur. Le dispositif est simple, il présente différents points de vue, celui des enfants, la caméra montre La Vierge, une belle jeune femme (Joana Ribeiro) parlant aux enfants, celui des parents et de la foule des pèlerins pour qui la figure céleste est invisible et celui de Lucia (Stephanie Gil), des gros plans de son visage innocent avec parfois un bien étrange sourire sur les lèvres.

Marco Pontecorvo a commencé comme chef opérateur, en 2008 il devient réalisateur avec un premier film Pa-ra-da, suivent plusieurs films pour la télévision et le cinéma, il remporte de nombreux prix. Fils du célèbre Gillo Pontecorvo, réalisateur de La Bataille d’Alger (La Battaglia di Algeri) 1966 qui ressortira bientôt au cinéma le 13 octobre et Queimada 1969 disponible depuis le 21 septembre en dvd et Blu Ray chez Rimini Editions, Fatima est le troisième film de cinéma de Marco Pontecorvo.

Son passé de chef opérateur est flagrant, la caméra virevolte, mobile et sûre dans ses mouvements, accompagnée par un montage énergique et maîtrisé, qui met en valeur sa virtuosité. La scène du Miracle du soleil est impressionnante, la caméra se déplace avec une légèreté incroyable sous la pluie, dans la boue, au milieu de milliers de figurants. De facture classique le film se déroule au Portugal, malheureusement l’ambiance rurale perd de son réalisme en raison du choix de tourner en anglais malgré un casting majoritairement portugais et européen, les trois enfants sont espagnols, le prêtre Joaquim De Almeida portugais, ainsi que Lucia Moniz, mère de la petite Lucia, sauf les deux stars internationales, Harvey Keitel dans le rôle du professeur Nichols qui interroge Lucia au couvent devenue une sœur âgée, interprétée par Sonia Braga.

Le film fonctionne par flash back entre les années 1990 avec le couple professeur Nichols et Lucia adulte, et les années 1917 où elle n’est qu’une enfant rejetée par sa mère persuadée que sa fille lui ment, aux deux époques c’est la force de conviction de Lucia qui domine. L’ambiguïté reste présente, le même sourire se dessine sur le visage des deux Lucia. Marco Pontecorvo ne dévoile pas le mystère, croire ou pas, il laisse parler les faits.

Informations pratiques
  • Au cinéma à partir du 6 octobre 2021

Jeu-concours des places à gagner réservé aux abonnés à notre lettre
(pour participer au concours, cliquez sur ce lien et répondez aux trois questions)