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Publié le lundi, 5 décembre 2022 à 11h24

Elsa Schiaparelli, l’extravagante, Elisabeth de Feydeau

Par Deborah D'Aietti

Ils y ont cru - couverture

Souvent méconnue du grand public, Elsa Schiaparelli (1890-1973) a pourtant marqué l'histoire de la mode de la première partie du XXème siècle. Elisabeth de Feydeau lui consacre une biographie rose shocking, couleur fétiche d’Elsa, qui redonne à la créatrice romaine ses lettres de noblesse.

Elsa Schiaparelli est une fille bien née : sa famille descend des Médicis et l'éduque dans un cadre aristocratique où elle est stimulée intellectuellement dès sa petite enfance.
Mais un complexe d'infériorité la gagne : elle ne se sent pas belle dans les yeux de sa mère, en comparaison de sa sœur aux traits fins et à l'allure élancée. Elsa transforme ce sentiment en lutte, moteur de sa carrière qui la mènera jusqu'au firmament. Celle qui fut la rivale de Gabrielle Chanel a débuté en fréquentant, à New York, la Café Society, ce microcosme élitiste où se côtoyaient artistes, industriels, grands noms de la presse...
Après un mariage sans succès, elle quitte les États-Unis pour Paris avec son bébé et une amie de la Café Society. Elsa, par son éducation a le goût du style et de l'esthétique et elle met bientôt ses services à disposition des jeunes femmes de son entourage. De styliste a créatrice, il n’y a qu'un pas. Elle côtoie le couturier de l’avant-gardisme exotique, Paul Poiret et se lance dans une collection sportswear faite de tricots originaux en trompe l'œil.

Ses connexions l’amènent à collaborer avec les plus grands artistes de l'époque : Jean Cocteau, Salvador Dali, Elsa Triolet pour des tailleurs à poches-tiroirs, des chapeaux en forme de chaussure, des gants noirs parés d’ongles rouges.
Elle se constitue une garde rapprochée comme le décorateur Jean Michel Frank, Hubert de Givenchy un jeune assistant prometteur et son équipe de l’atelier du 21 place Vendôme, adresse emblématique.

Fantaisiste, Elsa Schiaparelli propose une mode joyeuse et audacieuse qui se distingue des autres créateurs de l'époque. Pour compléter ses tenues, Elsa se lance dans les années 20 dans le parfum. Chaque fragrance commence par ce S signature de « Schiap », comme elle aime se faire appeler.

Schiap, c'est son nom de scène et de mode, ce nom qui claque, révélateur du caractère fort et opiniâtre de la créatrice. Elle s'est forgée elle-même son propre succès, revendique son indépendance. Selon elle, hors de question que sa fille signe des créations Schiaparelli. La maison de couture ferme ses portes en 1954.
La maison renaît de ses cendres sous l'égide du groupe Tod's dans les années 2010 et c'est en 2019 que Daniel Robert reprend la direction artistique faisant de Schiaparelli de nouveau une maison qui compte en se réappropriant ses codes surréalistes et fantaisistes.

Cette biographie se lit comme un roman avec ses rebondissements et la complexité psychologique d’une héroïne hors-du-commun. Je vous recommande vivement sa lecture, en marge de l'exposition dédiée au Musée des Arts Décoratifs à Paris jusqu'à fin janvier 2023. L'exposition donne parfaitement à voir son œuvre foisonnante, qui a inspiré les plus grands couturiers de la 2ème moitié du XXeme siècle. Saint Laurent, Christian Lacroix, Jean Paul Gaultier ont tous quelque chose en eux de Schiaparelli.

Informations pratiques
  • Elisabeth de Feydeau, Elsa Schiaparelli l’extravagante, Éditions Flammarion.

On vous rappelle l'expo, Shocking ! Les mondes surréalistes d’Elsa Schiaparelli.