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Publié le samedi, 7 janvier 2023 à 10h47

Deux vies, nouveau roman d'Emanuele Trevi

Par Antonella Attanasio

Deux vies - couverture

Fils d’un psychanalyste jungien, Emanuele Trevi est un critique et écrivain italien. Ayant déjà écrit des essais critiques sur des personnalités littéraires et notamment un travail sur le poète Pietro Tripodo, Trevi se livre ici à l’écriture d’un livre qui lie deux vies, celles de ses deux écrivains et amis, Rocco Carbone et Pia Pera.

À l’exception du début du livre, où on voit la figure de Rocco surgir des pages comme s’il s’agissait d’un personnage romanesque, la structure du texte fait en sorte d’alterner toujours un chapitre sur chacun des écrivains et de les décrire d’une façon à la fois factuelle et symbolique. Un choix qui questionne le lecteur, surtout à la lumière du rapport qui existait entre Rocco Carbone et Pia Pera qui n’est visible qu’aux dernières pages. De même que la vie des deux écrivains décédés n’est dévoilée qu’à la fin du livre.
Une recherche de sens semble être le but de ce livre, qui ne se laisse jamais aller aux souvenirs tristes ni aux sentiments purement nostalgiques.

Auteur et fils de psychanalyste, Emanuele Trevi emploie d’abord l’outil psychanalytique le temps nécessaire pour ébaucher un portrait général des deux écrivains ensuite la littérature nous rend leur côté individuel et intime.
La maladie bipolaire avérée de Rocco Carbone ou la (voilà une hypothèse) dépendance affective de Pia Pera laissent alors entrevoir non pas la tentative de sauver ces deux écrivains d’eux-mêmes, ni de leur rendre hommage à travers la sublimation artistique, mais plutôt de leur rendre justice en les montrant comme les symboles de deux attitudes différentes et complémentaire dont l’auteur en premier peut se servir comme d’un miroir.

On s’aperçoit alors que les deux vies du titre ne sont pas seulement celle de Pia Pera et de Rocco Carbone, mais, comme l’auteur le dit, une autre deuxième vie nous attend après la mort, celle de notre souvenir chez ceux qui nous ont connu. Faut-il encore que le souvenir et l’écriture soient la même chose...
C’est dans l’écriture et grâce à une écriture qui pèse les mots et leur sens, qui mesure, que le texte de Trevi, Prix Strega 2021, aujourd’hui édité chez Philippe Rey, peut dévoiler le sens des mémoires, que la vie de chacun peut se transformer en destin.

La réflexion qui permet la connaissance de l’autre et le travail (à venir) de re-connaissance de soi-même, passe à travers la définition de ceux que nous connaissons, telle une statue que seuls le passage du temps et l’achèvement des destins de chacun permet de façonner.

Informations pratiques
  • Emanuele Trevi, Deux vies, traduit de l'italien par Nathalie Bauer, Philippe Rey, 17 €