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Publié le mercredi, 28 août 2019 à 09h34

Chaque fidélité, roman de Marco Missiroli

Par Deborah D'Aietti

Chaque Fidélité - couverture

Finaliste 2019 du prestigieux Prix Strega et gagnant du Prix Strega Giovani, Chaque Fidélité est le sixième roman de Marco Missiroli, après la parution de Mes Impudeurs, devenu best-seller dans le monde entier.

A Milan, Carlo et Margherita, trentenaires aux ambitions frustrées - lui, professeur, voulait être écrivain ; elle, agent immobilier, voulait être architecte - forment un couple marié et heureux. Mais un événement va perturber la sérénité du couple : Carlo est pris sur le vif d’une scène ambiguë dans les toilettes de l’université avec Sofia, son étudiante de vingt ans. Le soupçon monte chez Margherita et elle vient à fantasmer sur Andrea, son kiné. En parallèle, Anna, la mère de Margherita, essaie de surmonter le deuil de son mari : d’étranges cartes postales retrouvées dans ses affaires font qu’Anna finit par douter de la loyauté de son défunt mari.

Dans ce brouillard de sentiments, Margherita jette son dévolu sur un appartement hors de prix, afin de donner un nouveau souffle à sa vie de couple.
Neuf ans plus tard, Margherita et Carlo y habitent avec Lorenzo, leur jeune fils. Le temps a estompé les doutes de chacun mais la mauvaise santé d’Anna et un colis surprise font resurgir les doutes et les soupçons du passé.

Le livre interroge le concept de fidélité : fidélité conjugale, fidélité comme loyauté envers l’autre, mais surtout fidélité envers soi-même. Chaque fidélité est un roman choral. Ce choix reflète la pluralité des points de vue sur la fidélité, comme un prisme qui serait décrit selon la vision de chacun.

Deux générations sont présentes dans le roman et la comparaison se fait naturellement, au fil de la lecture. La génération plus ancienne d’Anna et de son défunt mari, survit sous le poids des normes et la multiplicité de non-dits et où la vérité est une bombe à retardement qui finit par exploser en décalage.
La génération de Carlo et Margherita mais aussi d’Andrea et de Sofia, est caractérisée par l’usage des réseaux sociaux, une fausse transparence et par la démesure de l’ego. Leur vie se résume à un chaos en sourdine, pouvant mener à des révolutions intérieures quotidiennes : « Sa faiblesse n’était pas d’admettre l’excitation, elle était en train de le reconnaître, mais plutôt de ne pas accepter le compromis : il fallait qu’elle puisse toucher le kiné mais que son mari ne puisse pas toucher les autres femmes ».

Dans cette narration de l’intime, Milan, plus réaliste que jamais, devient ville-personnage. C’est une ville qui, au fil de ses quartiers, est changeante, inconstante, peut être aussi infidèle. La tromperie se traduit dans les indications géographiques : « Elle parcourut le corso Buenos Aires et le Milan qu’elle détestait, l’enfilade des magasins, tourna via Spontini » ; « Le soir, tout s’éteignait et ça devenait le Milan dissimulateur qu’il n’aimait pas ». Certains lieux deviennent récurrents, à l’image de l’appartement sans ascenseur de Corso Concordia. Objet de convoitise au début du roman, il devient le théâtre de la vie conjugale de Carlo et Margherita après l’ellipse narrative.

L’originalité de l’écriture de Marco Missiroli se note dans le traitement de la narration. En effet, si le texte est écrit à la troisième personne, les personnages se passent tour à tour le flambeau de la narration. Sur la même ligne d’écriture, un personnage laisse place à autre sans que le paragraphe n’ait changé. Marco Missiroli nomme cet effet « passage d’âme », qui « advient par un contact physique, une invocation ou d’autres liens indirects caractérisant les rapports et les échanges humains ». Ainsi, lorsqu’Anna chute dans les escaliers de l’immeuble de sa fille, un glissement narratif se produit entre elle et Margherita : « elle (…) saisit la main de sa fille qui était tiède et forte. Margherita s’étonna elle aussi de sentir si tiède et si forte la main de sa mère. Elle avait une maman courageuse qui dissimulait ses craintes ». Un style remarquable au sens premier du terme qui fait de Chaque Fidélité un roman subtil, délicat et mémorable.

Informations pratiques

Marco Missiroli, Chaque Fidélité, éditions Calmann-Levy, traduit de l’italien par Nathalie Castagné.
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