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Publié le dimanche, 24 juin 2018 à 09h20

Bon à tuer, roman de Paola Barbato

Par Deborah D'Aietti

Bon à tuer de Paola Barbato - couverture

Après le succès de À mains nues et Le Fil rouge, Paola Barbato revient avec Bon à tuer, un thriller dans le milieu de l’édition, des livres et des auteurs, où l’histoire semble nous amener vers une critique sous-jacente sur l’édition, ses coups marketing et ses rouages parfois discutables.

Il y est surtout question de l’identité : l’auteur, son œuvre, son personnage et ses connexions. L’auteur est-il vraiment qui l’on croit ? Où commence la fiction ? Le personnage appartient-il à celui qui l’écrit ou à celui qui le lit ?

Si l’on peut saluer le jeu de mot du titre en français, Bon à tuer, en référence au Bon à tirer précédant l’impression d’un ouvrage ; le titre en italien Scripta Manent, qui est une locution latine (pouvant se traduire par « les écrits restent ») a une tonalité assez solennelle voire sacrée, qui prend tout son sens à l’issue du livre.

L’intrigue commence comme une comédie de mœurs. Corrado de Angelis et Roberto Palmieri sont deux auteurs que tout oppose. Le premier, éminent docteur est un auteur reconnu pour ses qualités d’écriture dans sa série policière, ayant pour protagoniste Allen Guazzi, personnage sourd et muet.

Le second, Roberto Palmieri est une personnalité médiatique très en vogue, dont les livres sont de facture médiocre. Il est plus un produit du star-system, qui agit par provocation et désinvolture, qu’un écrivain aux textes profonds et marquants.

Les deux auteurs sont réunis par leurs maisons d’édition respectives afin de lancer, dans une mise en scène exceptionnelle, la sortie de leurs derniers polars. Leur dernier livre sortira le même jour et à la même heure dans toute l’Italie et l’auteur qui aura vendu le plus d’exemplaires se verra décerner un prix. Afin de créer un buzz médiatique, la compétition est exposée lors d’une émission de télévision en direct, Duel. Mais à l’issue de cette émission, Corrado de Angelis disparaît mystérieusement, la comédie se transforme alors en polar ; s’ensuit alors une série de meurtres, reprenant les crimes des thrillers de l’auteur disparu.

Un nuage de personnages originaux gravite autour des deux auteurs : un jeune notaire sans histoires Flavio Aragona, venu établir les contrats de la compétition, une mystérieuse harceleuse qui fait chanter Roberto Palmieri, Massimo Dionisi un inspecteur de police « ordonné, précis et méthodique », l’assistante dévouée de Corrado de Angelis, un docteur à la morgue… Tous ces personnages sont aussi importants les uns que les autres ; et le choix de Paola Barbato est de ne pas remettre l’enquête dans les mains du seul inspecteur. En effet, tous les personnages, d’un moment à l’autre, finissent par investiguer, du fait du déroulé de l’histoire.

Cette variété de personnages conduit à un système de narration parfois complexe, où les enchainements de points de vue se succèdent au fil des paragraphes. Le lecteur peut parfois s’y perdre, jusqu’à s’habituer, ou non, à la succession de changements de points de vue.

Le suspense prend le dessus au fil des pages et le lecteur est assez bien porté par le rythme de l’intrigue. Il n’empêche, malgré une certaine confusion peut être maîtrisée, l’intrigue de Paola Barbato est une nouvelle exploration de la violence. Loin de n’être que le fruit d’un instinct primaire ou naturel, l’auteur décortique une violence subtile et protéiforme issue de l’imagination. Fantasme mimétique et pervers d’un personnage de roman ou, dans une autre œuvre (À mains nues) identification malsaine à l’image du gladiateur, Bon à tuer nous montre même les effets pervers de la création artistique où le créateur lui-même souffre d’un complexe divin souhaitant tordre la réalité pour qu’elle corresponde à la fiction qu’il a construite.

Point de description simpliste de causes de la violence mais plutôt une peinture subtile et large de mécanismes qui forment un tout, comme une horloge infernale et crée de « multiples violences » qui n’en portent pas le nom : la jalousie, le ressentiment, le harcèlement, l’orgueil…sont les représentations fantasmagoriques de la violence, une dimension méta-littéraire qui n’est pas nouvelle mais qui a le mérite de nous accrocher au récit.

Informations pratiques

Bon à tuer de Paola Barbato, Denoël, 20 €
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