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Publié le dimanche, 5 juin 2022 à 10h26

Béni soit le Père, roman de Rosa Ventrella

Par Deborah D'Aietti

Béni soit le Père - couverture

    Béni soit le Père est le troisième roman de Rosa Ventrella traduit en français et troisième volet de sa fresque familiale des Pouilles. Ce roman retrace l'histoire personnelle de la narratrice-personnage Rosa : comment se construit-on en tant qu’adulte alors que la chape de plomb familiale nous tétanise, enfant ?

Rosa est appelée de trois façons différentes-Rose, Rosè, Rosa- marquant trois temporalités distinctes : celle de l'enfance marquée par le rapport conflictuel entre ses parents, celle de l'adolescence qui est le temps du premier amour et de l'âge adulte signant la désillusion face à une relation sentimentale en dents de scie.   Le récit a pour cadre le quartier de San Nicola, un des plus pauvres de Bari, le lieu de naissance et de l’enfance de Rosa. Ici, les hommes s'imposent comme les chefs de famille et les commères soufflent les rumeurs, deux faits révélateurs d'une société traditionaliste du Sud de l'Italie.



La famille de Rosa est marquée par la tyrannie du père, à la fois figure de beauté -il est surnommé "gueule d'ange"- et figure de terreur.  C’est un mari violent, taciturne et parfois lunatique qui fragilise sa femme et ses enfants. Agata, la mère, tente de surprendre, rendre heureux son mari mais celui-ci balaie tout d’un revers de main. Agata est résignée. Certains passages éprouvants traduisent l’environnement familial oppressant.

Au sortir de l'adolescence, Rosa rencontre Marco "sombre, discret, insolite" qui veut devenir scénariste. Il est l'échappatoire a un destin sans relief. Rosa et Marco partent à Rome, mais au fil du temps, Marco montre de nouveaux aspects de sa personnalité, ressemblant de plus en plus au père de Rosa.  Le schéma familial se répète. Quand la mère de Rosa tombe malade, celle-ci n'a d'autre choix que de partir à son chevet et de se confronter à nouveau au père, qui l’a tant fait souffrir.   Certains compareront ce texte avec celui de L'Amie Prodigieuse car il est centré sur le passage de l’enfance à l’âge adulte. Je vois ici un autre traitement du sujet, plus personnel, plus dur et plus âpre : Rosa est une petite fille très seule dans son enfance, aucune référence a d'autres enfants de son âge, à l’exception de ses deux frères Salvo et Michele. Le plus jeune est timide et réservé tandis que l’aîné est bagarreur et semble suivre la même veine que son père.

Le rôle de modèle est incarné par Marilyn, jeune prostituée, que Rose rencontre à l'aube de l’adolescence, de façon fortuite. Marilyn est à la fois fascinante et intrigante pour Rose. Elle détone entièrement avec les autres femmes du quartier : émancipée, exotique et chaleureuse, Marilyn incarne un certain divertissement dans le quotidien monotone de Rosa.     Le personnage central du récit se révèle être peu à peu la mère, Agata. Le récit, mené à la 1ère personne est une longue et directe confession à la mère, comme si la parole et l'écriture libéraient les non-dits d'autrefois. "Désormais, tu sais tout, maman, chaque chose, ce que je n'ai jamais eu le courage de te dire, parce que j'avais honte, parce que je me sentais seule. Comme toi, maman".

Informations pratiques
  • Rosa Ventrella, Béni soit le Père, traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza., Éditions Les Escales.

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