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Publié le mercredi, 2 janvier 2019 à 09h47

Au cœur de la folie, roman de Luca D’Andrea

Par Deborah D'Aietti

Au cœur de la folie - couverture

Après L’Essence du Mal, Luca D’Andrea publie aux Éditions Denoël son deuxième roman Au Cœur de la Folie, roman-thriller psychologique inspiré des contes de Grimm.

1974, dans le sud-Tyrol. Marlene, jeune épouse de Herr Wegener, homme d’affaires puissant et redouté, décide de fuir son mari, après lui avoir dérobé une pochette de saphirs.
Sur la route non loin de la frontière autrichienne, sa voiture dérape et tombe dans un fossé. Simon Keller, un Bau’r, paysan qui vit dans une ferme perdue dans les montagnes, recueille Marlene et la soigne. C’est sans compter l’acharnement de Herr Wegener à retrouver Marlene, qui a engagé une vraie chasse à l’homme, car le geste de sa femme lui a causé de nombreux ennuis vis-à-vis du Consortium, organisation criminelle. Il engage alors l’Homme de Confiance pour retrouver Marlene. Cette dernière a essayé de nuire à Wegener, sa décision sera donc irrémédiable, la sanction définitive.

Le schéma narratif se construit autour de ces quatre personnages : Marlene, une jeune femme désireuse d’échapper à son destin et rêveuse de liberté ; Simon Keller, fils de Voter Luis, homme des Montagnes, héritier d’un lourd passé fait de magie et d’isolement, et dont ses truies et cochons constituent ses seules relations sociales régulières ; Herr Wegener, cet homme qui a construit sa force et sa puissance autour de la violence et enfin l’Homme de Confiance, ce chasseur de têtes prêt à tout pour aller au bout de ses contrats. Ces quatre personnages, vont, tout au long du roman, devenir tour à tour la proie des uns et des autres. La « chasse à l’homme » initiale concernant Marlene va se complexifier et chaque personnage deviendra persécuteur et persécuté dans une gradation des évènements et une réversibilité des relations entre les personnages.

Ce thriller est d’autant plus glaçant par l’environnement qui y est décrit : l’action se passe principalement dans la région montagneuse et sauvage des Dolomites, zone à la fois hostile et mystérieuse pour n’importe quelle personne venue : « Là-haut, il n’y a que des rochers, de la neige et la mort, si on ne connaît pas la montagne ».
A son contact, la montagne exacerbe les comportements des personnages, dont les réactions constituent alors une réflexion sur la folie : d’une simple angoisse à une crise plus profonde de schizophrénie.

Le thriller psychologique se mêle alors au fantastique qui surgit dans la montagne perdue, notamment dans le Maso, la vieille maison où habite Simon Keller… parmi les cochons et truies du Bau’r, il y a Lissy, truie terrifiante énorme et reconnaissable par sa crête colorée. Favorite de Simon Keller, elle porte étrangement le même nom que sa sœur défunte, avec toujours la même phrase pour l’appeler : « Lissy, ma douce, ma petite Lissy ».
Les références aux contes des Frères Grimm sont nombreuses : les cochons fantastiques de la porcherie jusqu’aux sortes d’ex-voto taillées dans le bois par Simon Keller, les pensées de Marlene rêvant de tuer l’un des personnages dans un four comme dans Hansel et Gretel

Cette dimension fantastique permet de mieux mettre en lumière les évolutions psychologiques des personnages. Un système de transfigurations et de métaphores, voulu par l’auteur pour susciter chez le lecteur les conditions d’un questionnement sur l’identité. Cette particularité crée une esthétique de l’étrange intrinsèquement liée aux retournements de situations évoqués : rien n’est sûr ni fixé dans le temps. Tout est jeu de pouvoir et d’imaginaire. La combinaison de ces deux associations permet une accélération de l’action dans les dernières pages du livre, faisant d’Au cœur de la Folie un roman haletant et prenant jusqu’au bout.

Informations pratiques

Luca D’Andrea, Au cœur de la folie, traduit de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza.
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