cinéma

Publié le dimanche, 8 mars 2020 à 09h35

4ème film de la Mini Rétrospective Dino Risi : Sexe Fou (Sessomatto)

Par Valérie Mochi

Laura Antonelli dans une scène de Sexe Fou

Pourquoi en 2020 faut-il voir Sexe Fou (Sessomatto) de 1973 ?
Parce que c’est un film de sexe et d’humour, une comédie à sketches. 9 histoires courtes de plaisirs et de désirs pour avoir la preuve que les années 70 n’étaient pas qu’un symbole de liberté. Et parce que les monstres de Risi sont de retour, humour noir, regard féroce et comique grotesque pour décrire les obsessions sexuelles de ses contemporains.

Deux acteurs, les protagonistes des 9 sketches déploient toutes les facettes de leur jeu, Laura Antonelli, visage d’ange et courbes sensuelles, interprète tour à tour une affamée de sexe, une vengeresse diabolique ou une religieuse strip-teaseuse, et Giancarlo Giannini, acteur fétiche de Lina Wertmüller, un domestique super excité, un jeune marié impuissant, ou un gérontophile insatiable.
Déguisés plus qu’habillés par Enrico Job, ils défilent dans tous les milieux, de la bourgeoisie au prolétariat, de l’accent milanais au sicilien en passant même par du faux danois, un brillant travail d’acteur pour tous les deux. Les années 70 dans toute leur splendeur, costumes aux couleurs criardes, lunettes improbables, déco pop, et une bande son délirante d’Armando Trovajoli devenue culte.

Dotés d’un talent comique irrésistible, L. Antonelli et G. Giannini sont des acteurs de composition, ils sont capables de passer allègrement de la comédie au drame. Quelques années après Sexe Fou (Sessomatto) le couple se retrouvera pour interpréter les rôles principaux du dernier film de Luchino Visconti L’Innocent (L’Innocente).
G. Gianinni, carrière éclectique et internationale, tournera avec Guillermo del Toro, Ridley Scott et dans deux James Bond, tout en restant fidèle aux caméras italiennes comme celle récemment, de Paolo Virzi dans Nuits Magiques (Notti magiche).

Laura Antonelli, qui se déshabille facilement sera au sommet de sa gloire dans les années 70/80, elle tournera avec Chabrol, Comencini, Bolognini, Scola… sexe symbole, elle explose dans Malicia (Malizia) film culte de Salvatore Sampieri la même année que Sexe Fou, un énorme succès au box office, que les producteurs voudront reproduire en 1991 mais ce sera un flop et le dernier film de Laura Antonelli.

Dino Risi a une relation particulière avec les films à sketches, dès 1953 sa première réalisation de fiction sera un sketch sous l’égide de Cesare Zavattini pour L'Amour à la ville (L'Amore in Città) avec les futurs plus grands noms du cinéma italien : Federico Fellini, Michelangelo Antonioni, Alberto Lattuada, Carlo Lizzani, Francesco Maselli. En1963 Les Monstres (I Mostri), une série de 20 sketches réalisés par lui seul le porteront à la gloire. Puis, tous provocateurs et liés au sexe, viendront : Une poule, un train, et quelques monstres… (Vedo Nudo) en 1969 avec Nino Manfredi comme protagoniste, Moi la femme (Noi donne siamo fatte cosi) en 1971 avec Monica Vitti, et Les Derniers Monstres (Sesso e Volentieri) en 1982 de nouveau avec Laura Antonelli.

Un seul sketch de Sexe Fou n’a pas la charge sarcastique des autres, il est plus tendre, plus sentimental, c’est celui qui aborde le sujet de l’homosexualité avec le personnage de Gilda, un transsexuel interprété par Alberto Lionello, dans une composition touchante, en total contraste avec les personnages survoltés des autres sketches. C’est le seul sketch qui ne soit pas dépassé, le seul que l’on regarde sans penser qu’il date des années 70, le seul a ne pas provoquer le rire.

C’est ce qui le rapproche de notre époque. Le sexe et ses extravagances ou absurdités déclenchaient un rire libérateur en 1970, aujourd’hui il devient plus grinçant, à l’heure de la dénonciation, ces rôles si marqués de la femme objet sexuel et de l’homme forcement viril, ne sont plus d’actualité, le décalage pose des questions. Les excès de la libération des mœurs des années 70 sont rattrapés 50 ans plus tard, les exemples ne manquent pas. En 1973 Risi avait déjà montré du doigt les monstres et on riait de leur bêtise, aujourd’hui quel est notre rire ?

Informations pratiques

Sortie nationale en copie restaurée le 8 avril 2020

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