cinéma

Publié le lundi, 30 août 2021 à 09h50

Sortie au cinéma d’Il varco le 1er septembre

Par Amélie Ravaut

Il Varco - affiche

Il varco, « le passage » en français, des réalisateurs Federico Ferrone et Michele Manzolini, est à découvrir au cinéma dès mercredi prochain. Fruit d’un travail de recherche qui a duré deux ans, ce documentaire fictionnel utilise des images d’archives pour mettre en scène, à travers la voix d’un soldat-narrateur, la désastreuse « campagne de Russie » du régime fasciste entre 1941 et 1943. Les deux réalisateurs, qui travaillent ensemble depuis 2007, avaient déjà, notamment avec Il treno va a Mosca (2014), créé à partir du matériau archive. Cette fois-ci, la découverte, au cours de leurs recherches sur la période fasciste, de deux fonds d’archives d’officiers de l’armée italienne et cinéastes amateurs, les a convaincu d’orienter leur projet sur cette campagne et de faire entendre, par le biais de ce « trajet vers la déroute », la voix d’un homme qui n’a qu’un souhait : tornare a casa.

Il varco alterne donc des images d’archives officielles, militaires, et des images dites d’amateurs, filmant et documentant le quotidien des troupes, les manœuvres militaires et les ordres hiérarchiques mais aussi la vie des habitants des villes et villages traversés, exprimant leur folklore au milieu des ruines et de la désolation. Une voix-off les accompagne, celle du narrateur-soldat, dont le monologue est inspiré de journaux intimes et d’écrits de soldats, notamment les journaux de Mario Rigoni Stern (Le sergent dans la neige, 10/18, Paris, 1995) et Nuto Revelli. Emidio Clementi leur prête sa voix profonde, dans un monologue à l’écriture sensible et pudique relatant l’enchaînement des événements, les rencontres, la nostalgie de la vie passée, les doutes sur la victoire, les envies de désertion, le froid.

Le travail de montage de Maria Fantastica Valmori est vraiment saisissant, mais tout semble concourir dans ce film et ce, à ses différents stades de création, à la mise en place d’une poétique bien particulière : sélection des images, agencement et montage, écriture du monologue, interprétation de Clementi, création d’une bande-son dont les sonorités métalliques, quasi hypnotiques et le travail sur la profondeur sonore, nous permettent de nous immerger complètement. Le récit, sorte de flux de conscience, est bercé par le mouvement, par le trajet de ses images, dont une grande majorité met en scène des déplacements allant de la gauche du cadre vers la droite. La tonalité froide de la bande son, avec ses percussions sourdes, fait penser aux rouages d’un engrenage qui se met en marche en rythme avec le montage : une seule et même destination, l’Est.

Des images, tournées de nos jours en Ukraine, reviennent sur les lieux du passé et font écho aux mêmes soldats, aux mêmes zones de combat, aux mêmes déplacements de la population. Dans un premier sens, « le passage » dresse une cartographie d’un mouvement dans l’espace, depuis l’Italie fasciste jusqu’au territoire de l’ennemi soviétique, dans une second sens, puisque varco peut signifier aussi « brèche », il ouvre cet espace dans une autre temporalité, le futur. C’est dans cette mesure que la dernière partie du film, rendue quasiment invisible par la blancheur de la neige qui dévore les images tout autant que les corps des soldats, oriente un mouvement dans la profondeur de champ, vers la profondeur du temps. Comme une lente absorption, comme une chute, une disparition vers cet espace-temps où on se met à penser «  à ce qui n’a pas été, à ce qui ne pourra être ».

Informations pratiques
  • Au cinéma dès le 1er septembre 2021

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