cinéma

Publié le lundi, 28 juin 2021 à 09h27

Rétrospective Rossellini au cinéma dès le 30 juin 2021

Par Amélie Ravaut

Rétrospective Rossellini - affiche

Intitulée Une vie de cinéma(s), la rétrospective Roberto Rossellini, distribuée par Bac Films, permet de découvrir ou redécouvrir quelques-uns des chefs-d’œuvre du chef de file du néoréalisme italien ainsi qu’un court documentaire en forme de portrait initié par sa fille, Isabella Rossellini. La présentation de ces neufs films se fait également dans une volonté de mettre en valeur le formidable travail de restauration débuté il y a déjà une dizaine d’années par le laboratoire L’immagine ritrovata de la cinémathèque de Bologne à partir des éléments de conservation (négatifs et bandes sonores originaux) de la Cineteca Nazionale et de Cinecittà Digital Factory. Un projet d’envergure donc, qui sera également présenté en intégralité dans le cadre de l’édition 2021 du Festival de la Rochelle.

Cette rétrospective s’ouvre, on pourrait dire chronologiquement, par la « trilogie de la guerre ». Pendant la période fasciste, le cinéma italien est fortement contraint par la censure du régime et produit des œuvres de fiction aseptisées, marquées par le consensus, quand il n’est pas directement orienté vers la propagande, comme c’est le cas avec les actualités filmées ou les films éducatifs. Dès les années 40, des intellectuels, journalistes et critiques cinéma se font entendre et appellent de leurs vœux un retour à la réalité, si difficile soit-elle. Au sortir de la guerre, Rossellini capte ce moment de libération, dans des conditions techniques très précaires, faisant du réel et de la dimension documentaire ses maitres-mots. Rome, ville ouverte (Roma, città aperta, 1945), Païsa (Paisà, 1946) et Allemagne, année zéro (Germania, anno zero, 1948) constituent cette trilogie « des villes en ruines » et l’acte de naissance du néoréalisme italien. Avec ses décors naturels, l’emploi d’acteurs non-professionnels, la pluralité des points de vue et une dimension chorale, Rossellini ouvre un nouveau pan de l’histoire du cinéma : la modernité.

Dans cette rétrospective sont présentés également quatre autres films qui ont pour dénominateur commun dans la carrière de Rossellini de raconter le couple - et la crise du couple - au travers du regard féminin. L’amore (1948) met en scène Anna Magnani, alors sa compagne, dans deux moyens-métrages autour des thèmes de l’abandon et de la rupture. Stromboli (1950), Voyage en Italie (Viaggio in Italia, 1954) et La peur (Angst, 1954) sont centrés quand à eux sur l’actrice Ingrid Bergman avec qui il tournera au total cinq films. Par le biais du personnage féminin, le cinéma de Rossellini laisse apparaitre des préoccupations qui s’inscrivent dans cette volonté de sincérité et de transparence, de compréhension du monde en se dépouillant de tout artifice et rhétorique. En décortiquant les mécanismes de la pensée, en mettant à jour les rôles sociaux et le poids des institutions, il atteint la mesure d’un discours à la fois politique et métaphysique.

La rétrospective met également à l’honneur des films moins diffusés, comme La machine à tuer les méchants (La macchina ammazzacattivi, 1952) qui représente une première tentative comique de la part du réalisateur. Dans une veine burlesque, le film met en scène la lutte entre le bien et le mal dans une Italie en proie à l’arrivée de la culture de masse. Enfin, pour achever chronologiquement cette rétrospective, Inde terre mère (India matri buhmi, 1959) est un documentaire sur le voyage du cinéaste en Inde, lui qui entamera, par la suite, toute une série de films didactiques pour la télévision.

Réalisé à l’occasion du centenaire de sa naissance, Mon père a 100 ans (2005) est une ode lyrique qu’Isabella Rossellini lui adresse depuis son point de vue d’enfant et que le metteur en scène Guy Maddin s’est chargé de mettre en image. Le court-métrage sensible vient clore cette rétrospective sur la note facétieuse et émouvante d’une fille s’adressant au père absent en ces termes : « enfant, je le prenais pour dieu, puis en grandissant, j’ai dû concéder qu’il n’était qu’un génie ».

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