cinéma

Publié le mercredi, 20 juillet 2022 à 10h49

Rétrospective Pasolini au cinéma Le Champo

Par Marco Lotti

Une scène du film Des oiseaux petits et gros

A l'occasion des 100e anniversaire de la naissance du grand artiste et réalisateur italien Pier Paolo Pasolini, jusqu'au 16 août 2022, le cinéma Le Champo propose une sélection de ses films. Se côtoieront alors adaptations de classiques antiques avec Œdipe Roi (1967) et Médée (1969, interprété par la cantatrice grecque Maria Callas), réflexions autour de la figure christique avec L'évangile selon Saint-Matthieu (1964) et La Ricotta (1963, où Orson Welles joue un double désabusé de Pasolini), conte philosophique narrant la relation fils-père avec Des oiseaux petits et gros (1966) ou encore un documentaire journalistique quasi-sociologique, criant de modernité par les questions du réalisateur (mais pas forcément par les réponses des interviewés), avec Enquête sur la sexualité (1964). Tous ces ouvrages seront à (re)découvrir toujours dans une sublime version restaurée 4K.

« Né à Bologne en 1922 alors que s'instaure le fascisme, Pier Paolo Pasolini est le fils aîné d'un officier de l'armée italienne, Carlo Alberto Pasolini dell'Onda, qu'il hait, et d'une institutrice frioulane originaire de Casarsa della Delizia, Susanna, née Colussi, qu'il vénère. Promené de ville en ville au gré des affectations paternelles mais néanmoins éternel premier de la classe, il répond à toutes les phases d'un Œdipe parfait, qu'il représentera dans le prologue de son film Œdipe roi, en 1967. Il se découvre pourtant homosexuel. Publiés après sa mort, en 1982, Amado mio et Actes impurs, double roman de jeunesse issu de son journal intime (dit les « cahiers rouges ») déjà très littéraire et distancié, mettent en scène, avec quelques autres récits plus courts, le bonheur, teinté de catholique sens de la faute, d'un éros en liberté dans les champs du Frioul, « pays d'orage et de primevères ». Trois gros plans, récurrents dans toutes les formes de l'œuvre, naissent de ce point de vue du jeune homme couché pour l'amour sur la terre de ses ancêtres maternels : l'herbe (« repas d'herbe », « ivresse d'herbe », « ligne qui se perd dans l'herbe »), la verdeur du pré, les fleurs.

Enfant puis adolescent sous la chape de plomb du fascisme mussolinien, Pasolini élabore lentement une pensée contestataire pendant ses années étudiantes et tout au long de l'intensification de la guerre. Son père est prisonnier des Anglais au Kenya et reviendra alcoolique, lui-même se cache dans le pays de sa mère après avoir déserté l'armée régulière. La tragédie de sa vie est la per ...

Abusivement tenu pour un continuateur anachronique du néo-réalisme avec sa première trilogie de films romains (Accattone, 1961 ; Mamma Roma, 1962 ; La Ricotta, court-métrage, 1963) Pasolini n'a rien non plus d'un « cinéaste moderne ». Singulier parmi les auteurs de son temps (Uccellacci e uccellini, 1966 ; Théorème, 1968 ; Porcherie, 1969 ; Salò, 1975, restent des œuvres inactuelles), il laisse complètement de côté les formes de contestation du classicisme hollywoodien, y compris celles liées au « nouveau cinéma », qu'il décrit avec un œil théorique critique sous le vocable du « cinéma de poésie ». Hervé JOUBERT-LAURENCIN : maître de conférences d'esthétique du cinéma à l'université de Paris-VII-Denis-Diderot

Informations pratiques
  • Cinéma Le Champo
  • 51 rue des Ecoles - 75005 Paris
  • Jusqu'au 16 août 2022. Programme complet et calendrier des projections sur le site internet du cinéma

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