jazz

Publié le lundi, 25 octobre 2021 à 17h23

Pensieri isolati, le nouvel album de Giovanni Mirabassi

Par Karima Romdane

Giovanni Mirabassi - couverture

"Alors que le monde était brusquement plongé dans l'isolement, Giovanni Mirabassi s'est lancé, seul face au piano, dans la composition d'un album unique en son genre. Pour tisser avec sa communauté virtuelle une relation poétique, il propose à ses followers sur Instagram de lui faire parvenir leurs pensées isolées, et reçoit en retour une myriade de textes, photographies et chansons. En les mêlant à ses propres rêves et doutes, il transforme cette matière et atteint la quintessence d'un art poétique à l'expressivité sans pareil, décliné en spectacle audio-visuel avec la participation du vidéaste Malo Lacroix." Choc- Jazz Magazine

Note d'intention Au printemps 2020 le temps s’est arrêté. Forcé à annuler des dizaines de concerts dans une demi-douzaine de pays d’Asie par arrêt de l’arbitre, près des miens dans mon appartement montmartrois, malade, j’ai été poussé à l’introspection. Un arrêt sur conscience au carrefour de mes cinquante ans et de la fin du monde, ou du moins de ce monde que j’ai connu et qui m’était familier. J’ai profité de cette brèche dans l’espace-temps pour faire un disque de mélodies intimes, certaines composées par mes soins et d’autres non, telles des fulgurances de ma jeunesse musicale, du temps d’avant le temps d’avant, lorsque je n’imaginais pas un jour enregistrer des disques, parcourir les cieux et jouer pour les gens, lorsque personne ne pouvait imaginer d’avoir un jour à convaincre des algorithmes, et non des cœurs, du bien fondé de nos œuvres, un temps qui n’était pas forcément mieux que celui-ci, en soi. Mais l’art va là où le courant le pousse ; prisonniers de notre propre histoire, nous racontons celle de notre époque par un simple effet de miroir. J’ai donc joué au temps présent, du mieux que j’ai pu; pour nous, les humains, pour mes enfants, pour ceux des autres, pour tous ces gens qui m’écoutent, par choix, ou par accident, et même pour ceux qui m’écouteront peut-être un jour et n’aimeront pas, ou ne prêteront pas attention à ce morceau de piano joué, en arrière-plan. Je me suis échappé de mon confinement, d’un air conspirateur toutes les semaines, pour enregistrer un bout de ma solitude et le mettre de côté pour demain, lorsque le brouhaha du monde aura repris le dessus. Des pensées isolées, arrêtées dans le temps et dans l’espace. Comme nous l’étions. L’étions-nous ?

Giovanni Mirabassi est né à Pérouse en 1970. Il développe très tôt une passion pour la musique et particulièrement le piano. À 7 ans, il sait d’oreille tous les préludes du clavier bien tempéré de Bach, puis dé-couvre le jazz au Festival de Pérouse. Comme d’autres jazzmen, dans les années 90, Giovanni Mirabassi s’exile en France pour s’éloigner du régime de Berlusconi.

Là, il retrouve la diaspora italienne : Paolo Fresu, Flavio Boltro, Stefano di Battista et surtout leur prestigieux aîné, Aldo Romano. Là aussi, il croise par hasard un des derniers géants du piano classique, Aldo Ciccolini, qui le prend sous son aile et lui donne quelques précieuses leçons. Il rencontre Louis Moutin et Daniele Mencarelli avec qui il enregistre un premier disque fondateur, Architectures (1998). Puis en 2001 sort un disque à son image, Avanti !, révélant la mélancolie cachée d’une quinzaine d’hymnes à la liberté et de chants partisans de tous les pays, qui lui vaudra un Django d’Or et une Victoire de la musique. En 2003, il écrit des com-positions aériennes pour Air, meilleur disque de l’année décerné par l’Académie du jazz, puis forme de 2008 à 2012 un trio régulier avec le bassiste Gianluca Renzi et le batteur américain Leon Parker pour trois albums lumineux (Terra Furiosa, Out of Track et Live at Blue Note, Tokyo). Sans cesse à la recherche de nouvelles sonorités, il mobilise un orchestre à cordes pour sublimer son nouveau trio composé de Gianluca Renzi et du batteur cubain Lukmil Perez Herrera (VIVA V.E.R.D.I - 2011).

Giovanni Mirabassi a collaboré avec Chet Baker, Eliot Zigmund, Stefone Harris, Henri Texier, Nathalie Dessay, Charles Aznavour et bien d'autres. Il est également le compositeur attitré des films du cinéaste Emmanuel Mouret.

En 2017, il co-fonde le Label Jazz Eleven avec la chanteuse Sarah Lancman, un label créé par des artistes pour des artistes. Si Giovanni Mirabassi compte 17 disques d’or, une victoire de la musique, un prix de l’Académie du Jazz et un Django d’or et poursuit sa carrière de sideman avec brio, gère avec élégance un jeune label indépendant et ambitieux, il reviendra également en 2021 avec son nouvel album en solo, Pensieri Isolati, le premier disque à son nom sur son label.

Informations pratiques
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