cinéma

Publié le mardi, 3 avril 2018 à 09h42

Nul homme est une île, un film de Dominique Marchais

Par Roberta Spirito

Roberto Li Calzi coopérative Galline felici

Nul homme est une île, film qui sort en salles le mercredi 4 avril 2018 n'est pas un film sur l'Italie. Mais la Péninsule et ses pratiques agricoles sont bien présentes. Le film de Dominique Marchais démarre en Toscane à Sienne. Dans la Sala dei nove, la salle des neufs, du Palais communal, on peut admirer des fresques de Ambrogio Lorenzetti qui portent le titre de Allegoria del buon er del cattivo governo, Allégorie du bon et du mauvais gouvernement.

Cette vaste fresque en trois parties, a été peinte par Ambrogio Lorenzetti en 1338 sur les murs de la salle du Conseil du Palais communal de Sienne. Commande du gouvernement de la ville de Sienne, la fresque possède une finalité éducative. Elle rappelle les principes de justice, d’équité et de bien commun, qui doivent être la source d’inspiration de chaque gouvernement. Les allégories du Bon et du Mauvais Gouvernement se confrontent pour amener à réfléchir sur les répercussions des choix politiques dans la société contemporaine.

Mais pourquoi commencer le film par cette fresque ? ''Cette fresque m’a toujours touché. Elle est tellement riche de détails, de gestes, de sensations, elle exprime un tel amour de la campagne comme de la ville, qu’elle renvoie à l’enfance, à la façon dont on regardait le monde quand on était enfant. La fresque de Lorenzetti est par ailleurs très novatrice et c’est frappant quand on la compare aux représentations de la cité qui lui sont contemporaines.''

Le titre du film est tiré d'un sonnet de John Donne poète anglais du XVII ème siècle : « Nul homme n’est une île, un tout, complet en soi ; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble ; si la mer emporte une motte de terre, l’Europe en est amoindrie, comme si les flots avaient emporté un promontoire, le manoir de tes amis ou le tien ; la mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain ; aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : c’est pour toi qu’il sonne. »

Autre étape en Italie, la coopérative Galline felici (poules heureuses) en Sicile. Il y a dix ans, ils étaient tous sur le point d’abandonner l’agrumiculture, ruinés par la grande distribution. Et puis ils ont entendu parler de ces groupes de consommateurs du Nord de l’Italie, ces GAS (groupes d’achats solidaires) qui développaient circuits courts et vente directe. Roberto Li Calzi, un des pionniers de l’agriculture bio en Sicile, a commencé par envoyer quelques caisses d’oranges puis, très vite, il a appelé ses amis à la rescousse. Ils ont décidé de mettre en commun leurs ressources en créant cette magnifique coopérative, les « Galline Felici » ou « Poules heureuses ».

Aujourd’hui, le réseau des Galline s’étend en France, en Belgique, en Autriche... et la coopérative fait vivre 500 personnes dans la région de Catane. Mais surtout, par delà l’échange commercial, c’est tout un réseau européen d’amis, de partenaires acquis aux mêmes valeurs de l’écologie et de l’économie solidaire qui se développe et se renforce au contact de ces agriculteurs passionnants.

Les deux autres étapes du film sont en Suisse et en Autriche. ''Pas d'étapes en France ? Bien sûr qu’il y a des choses qui se passent en France, mais dans un cadre et une culture politiques qui a du mal avec ce genre d’expériences, parce qu’en France on a du mal,au fond, avec la démocratie. Le centralisme, le respect de l’autorité, de l’expertise et de la hiérarchie y sont si forts....''

Malheureusement on a l'impression que la volonté politique en France pousse dans le sens d'une agriculture intensive, produits bas de gamme de mauvaise qualité. Des projets déments comme la ferme des mille vaches dans la Somme ou bien le tout récent "poulailler géant", un hangar de 40.000 milles poulets et 200 vaches en construction dans la commune de Saint Péreuse au beau milieu du Parc naturel du Morvan. On espère que le film de Dominique Marchais permettra une prise de conscience qu'il faut consommer moins et mieux.

Informations pratiques

Sortie en salle le 4 avril 2018