cinéma

Publié le dimanche, 17 décembre 2023 à 10h15

Moi, Capitaine de Matteo Garrone. Le dessous des chiffres

Par Stefano Palombari

Une scène du film Moi, capitaine de Matteo Garrone

Le moment est particulièrement bien choisi. Le débat sur les mouvements migratoires agite l’occident. Le sujet est historiquement clivant quoique ces derniers temps on voit se détacher une sorte de consensus. Les pays jadis plutôt ouverts se ferment et adoptent des réponses qui se ressemblent. « Durcissement » est le maître mot. Les différences ne sont que des nuances. Les principales victimes de cette politique migratoire sont les pauvres gens qui se laissent tenter par le voyage.

Seydou et Moussa, deux jeunes garçons de seize ans, habitent à Dakar où ils partagent leur temps entre l’école et des petits boulots. Ils sont fatigués de trimer pour survivre. Ils voient leurs proches souffrir de cette situation de pauvreté endémique. Les deux ados décident donc de partir en dépit des recommandations et des mises en garde. Ce qui les attend n’a rien en commun avec leurs prévisions. Leur voyage s’apparente au périple épique des héros anciens, une sorte d’Odyssée des temps modernes. Chaque étape est une épreuve avec son lot de souffrances. Dans le malheur il offre également de belles rencontres.

Le réalisateur décide de retourner la perspective pour montrer le visage des véritables victimes. Il invite le spectateur à faire preuve d’empathie. Le temps d’un film, essayons donc de nous mettre à la place des protagonistes du « voyage ». L’expérience est puissante. Matteo Garrone réussit à créer le malaise parmi les spectateurs les plus réfractaires. Comment ne pas participer émotivement aux expériences extrêmes et traumatiques des deux jeunes protagonistes ? D’autant plus qu’il n’invente rien. Tout est documenté. Pour accorder la fiction au témoignage direct, je renvois le lecteur intéressé au livre bouleversant de Fabrizio Gatti Bilal sur la route des clandestins. Moi, capitaine est un film essentiel dans ce moment historique précis où l’occident est en train de perdre son âme.

Informations pratiques
  • Au cinéma dès le 3 janvier 2024

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