cinéma

Publié le mercredi, 7 octobre 2020 à 14h10

Maternal de Maura Delpero : « portrait de mères en devenir », au cinéma le 7 octobre 2020.

Par Amélie Ravaut

Une scène de Maternal de Maura Delpero

Maura Delpero, réalisatrice italienne née en 1975, signe avec Maternal un premier long-métrage de fiction tourné en Argentine et essentiellement en langue espagnole, directement inspiré de son expérience personnelle dans les foyers pour jeunes mères isolées. Le « hogar » (« foyer » en espagnol) qui donne son titre original au film, est le lieu central et principal où se déroule l’action : Sœur Paola (Lidiya Liberman) arrive d’Italie pour terminer sa formation et confirmer ses vœux au sein de cet espace où les mères adolescentes et leurs enfants sont aidés et accompagnés par un petit groupe de nonnes. Elle y fait la rencontre de Luciana (Agustina Malale) déjà mère d’une petite Nina, et de Fatima (Denise Carrizo), sa compagne de chambre, maman de Michael et sur le point de mettre au monde un second enfant.

Les caractères des deux jeunes femmes, diamétralement opposés, sont campés dès l’ouverture du film, ainsi que les relations qu’elles entretiennent avec leur enfant. A 17 ans, Lu s’échappe dès qu’elle le peut pour passer la nuit avec son copain et laisse Nina aux soins d’une Fatima assez taiseuse et réservée, peu encline aux démonstrations affectueuses. Sœur Paola, toute de bonté et de générosité, prodigue ses bons soins aux enfants et se rapproche de Fatima qui s’ouvre peu à peu à la maternité et à cette nouvelle amie. Lu, se sentant isolée et ne supportant plus le cadre strict du foyer, s’enfuit, abandonnant Nina : Sœur Paola prend alors naturellement à cœur de s’occuper d’elle. La relation qui nait entre elles deux bouleverse l’équilibre du foyer et de ses occupantes mais aussi la foi de Paola.

Maternal a de prime abord un aspect un peu hybride : les cadrages, le montage, la photographie même, semblent prendre les contours de ce cadre clos sur lui-même. La mise en scène, en quelque sorte, se calque sur le foyer, jusqu’à s’y fondre. Mais, dans un mouvement contraire, la caméra de Maura Delpero, son écriture et ses dialogues, sa direction des actrices, laissent une place à l’expression des sentiments qui apparait infiniment subtile, respectueuse et bienveillante. En cela, le film monte en intensité dramatique à mesure des séquences, par petites touches : un regard, un geste, un silence, l’expression d’un visage, traduisent la métamorphose des personnages et l’espace, qui se crée, en elles, à l’intérieur d’elles-mêmes.

Ces trois femmes qui, chacune à leur manière, font l’expérience de ce que signifie être mère, de ce que représente le « prendre soin de », avec tout ce que cela implique de don et de déchirement, vivent elles aussi ce foyer comme un espace de devenir. D’ailleurs, le titre original du film, « hogar », met en avant le lieu où elles vivent comme espace-temps de transformation. Maura Delpero, écrit à propos de cette idée :

« Pendant l’écriture, on m’a constamment demandé qui était la protagoniste du film. Je pense que la véritable protagoniste est la maternité, comme point de rencontre entre ces différentes femmes. On m’a demandé de choisir un seul point de vue auquel le spectateur pouvait s’identifier, mais pour moi, cela signifiait réduire la complexité de ce monde inconnu. Dans un film comme celui-ci, avoir un seul point de vue ouvre plus facilement la porte aux préjugés et au jugement. Ce qui m’intéressait était la pluralité des points de vue sur le même événement humain. L’aspect choral était quelque chose que je défendais comme point idéologique du film : mettre au centre d’un film la maternité et que ça ne soit pas dans le cadre d’un modèle unique et dominant. La maternité ensuite influe différemment sur chacune des protagonistes. Elle les oblige toutes à changer, à déplacer leur baromètre émotionnel, grâce aussi à leurs interactions. Tout en se rencontrant les trois femmes influencent leur vie et leur relation avec la maternité. »

Informations pratiques
  • Au cinéma à partir du 7 octobre 2020

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