cinéma

Publié le mercredi, 9 décembre 2020 à 09h27

L’avventura d’Antonioni, à nouveau au cinéma

Par Amélie Ravaut

Monica Vitti dans une scène du film L'Avventura

Initialement prévue le 28 octobre 2020, quelques jours avant la nouvelle fermeture des salles de cinéma, la sortie de L’avventura a été reprogrammée et le film d’Antonioni sera à nouveau visible sur les écrans à partir du 15 décembre 2020. A l’occasion de son soixantième anniversaire et de sa présentation à Cannes Classics cette année, le film a bénéficié d’une restauration 4K par L’immagine ritrovata.

Sortis de manière concomitante en 1960, La dolce vita de Fellini et L’avventura ont tous deux fait sensation à l’époque - et marqué a posteriori l’histoire du cinéma-, en ce qu’ils déjouaient les attentes du public et initiaient un geste de rupture, notamment narrative et esthétique. Ils ouvraient ainsi un passage vers une modernité faite de morcellement, de digressions, de dialogues plus rares (et à visée nettement moins informative et utilitaire) ou encore d’abstraction dans la composition des images et de sautes dans l’enchaînement des séquences. Antonioni, avec la disparition soudaine et inexpliquée d’un des personnages principaux dès la première moitié de son film, créait ainsi une absence brutale, que ni les mots, ni les images ne venaient combler, résoudre et soulager. Une énigme était née et, au final, le monde continuait de tourner.

Réalisé en partie dans les îles éoliennes et en Sicile, L’avventura met en scène le couple formé par Sandro (Gabrielle Ferzetti) et Anna (Lea Massari), sur le point de se marier et partis en croisière estivale avec une bande d’amis. Parmi eux, Claudia (Monica Vitti), amie proche d’Anna. Lors d’une escale sur une des îles, quasi sauvage et inhabitée, Anna fait part à Sandro de ses doutes et hésitations quant à leur avenir, puis s’éclipse. Au moment de rejoindre leur bateau, elle demeure introuvable. Claudia et Sandro, mus par des sentiments contradictoires, vont alors s’employer à la retrouver et, durant leur enquête, tomber amoureux l’un de l’autre. Antonioni filme la naissance de cet amour au gré de leurs pérégrinations, les hésitations et les élans, les déclarations et les silences.

Entouré par les terres rocailleuses des îles, les façades blanches des villes écrasées par le soleil, les demeures luxueuses mais vaines de leur amis mondains, le couple s’aventure dans un monde où seuls leurs visages témoignent des abîmes et des ascensions qu’ils traversent. Monica Vitti notamment, muse d'Antonioni, dont les expressions, le regard, les gestes, les intonations de la voix font d’elle seule tout un paysage, bien plus riche que le monde, mais tout autant insondable et mystérieux.

« Le monde est aujourd’hui menacé par un grave déséquilibre entre une science qui se projette consciemment vers l’avenir, disposée à se renier chaque jour elle-même pourvu qu’elle acquière un fragment de cet avenir, et un monde moral raidi, figé, que nous considérons tous comme tel et que pourtant nous concourons tous à préserver par lâcheté ou par paresse. Où est-il le plus aisé d’observer ce déséquilibre ? Quelle est sa zone la plus à nu, la plus sensible, disons la plus douloureuse ? …. On vit une aventure chaque jour. Avec chaque rencontre sentimentale, morale ou intellectuelle. Ainsi, l’homme moral qui ne craint pas l’inconnu de la science a aujourd’hui peur de celui de la morale. En ayant son départ dans la peur et la frustration, son aventure ne peut aboutir qu’à un échec. » (propos tenus par Antonioni lors de la présentation de son film à Cannes en 1960).

Informations pratiques

Au cinéma à partir du 15 décembre 2020

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