art et artisanat

Publié le mercredi, 13 mai 2020 à 08h00

Francesca Grilli, Lulù Nuti, La Musée, Collective à la Galerie Italienne

Par Ilaria Venneri

La Musée

La Galerie Italienne est heureuse de présenter « la Musée », une exposition collective regroupant onze artistes femmes de renommée internationale.

« La Musée » est une carte blanche confiée au commissaire d’exposition Azad Asifovich, en dialogue avec la Galerie Italienne, Paris. Il s’agit d’un in situ questionnant le rapport de l’institution muséale à son statut.

En imaginant le parcours de visite d’un musée d’art contemporain plausible et ordinaire, « La Musée » opte pour une narration lissée et formaliste. La pluralité des techniques et des approches est soulignée de manière naïve, sans prise de risque apparente. C’est une façon, ironiquement illustrée, de ne pas poser les bonnes questions. L’enjeu anthropologique est camouflé derrière une politique de parité sans engagement théorique.

Ainsi, par la mise en scène sous la forme fictive d’une exposition permanente, la teneur sémantique des codes muséaux s’en trouve interrogée. Le musée correspond en grec ancien au lieu d’habitat consacré des Muses. Il rend honneur aux personnifications des Arts, spirituelles et invisibles. Traditionnellement sacralisée et prestigieuse, l’institution muséale instaure un panthéon d’artistes ayant atteint une reconnaissance suffisante lors d’une carrière préalable. Mais, paradoxalement, le musée moderne se veut populaire et accessible.

À la fin du XVIIe siècle et tout au long du XVIIIe en Europe, des musées publics ouvrent afin de donner aux citoyens un accès au Beau, jusque là réservé aux élites. L’objectif est alors revendiqué de mettre au service des Nations la notion de « bon goût » : de sorte que les BeauxArts s’en imprègnent et que la Vertu inspirée par la Beauté règne sur les peuples. « La » galerie se faisant « musée » s’auto-critique comme porteuse à son tour du mythe muséal. Des recherches sociologiques ont montré que l’orientation des femmes en fin de cycle d’études artistiques les poussent à abandonner leurs ambitions de plasticiennes : par une sélectivité accrue pour elles, et des propositions de prix de vente moins avantageuses.

Les femmes ne subissent pas passivement l’inégalité, mais nos systèmes de valeurs font qu’elles sont activement détournées du monde de l’art : écartées par des choix rationnels sur le plan économique. Or, le premier contact des jeunes artistes au monde de l’art sont les galeries, qui jouent donc un rôle clé dans ces déterminations inégalitaires.

Si le concept de l’exposition vise une portée féministe, son contenu se présente comme une simple œillade sur la scène contemporaine, via le réseau et le regard des organisateur-rices.

Informations pratiques
  • Galerie Italienne
  • 15 rue du Louvre 75001 Paris
  • Jusqu'au 11 juillet 2020